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C'est en forgeant...

Les chirurgiens ne peuvent espérer garder la main en opérant exclusivement les patients admis dans les centres de traumatologie québécois

Par : Jean Hamann
C'est en forgeant qu'on devient forgeron, veut le dicton. Et qu'on reste un bon forgeron, serait-on tenté d'ajouter à la lumière d’une étude, parue dans une récente édition de The Journal of Trauma, qui porte à penser que les chirurgiens généraux qui n’opèrent que les grands traumatisés seraient une espèce en voie de disparition en Amérique du Nord. En effet, le nombre d’opérations pratiquées annuellement par les chirurgiens généraux des centres de traumatologie est en baisse depuis quelques années, ce qui pose un double problème: le maintien de la compétence des chirurgiens généraux en pratique et la formation de la relève.
   
André Lavoie, Amina Belcaid et Lynne Moore, du Centre de recherche de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, et leurs collègues de l’Université de Sherbrooke et de l’Université McGill, Éric Bergeron, David Clas, Tarek Razek, Julie Lessard et Sébastien Ratté, ont chiffré l’ampleur du phénomène au Québec. À l’aide du Registre des traumatismes, ils ont déterminé que 16 430 patients ont été admis pour traumatismes non pénétrants dans les quatre centres de traumatologie tertiaires québécois entre 1998 et 2002. «Il s’agit de personnes qui ont fait une grave chute ou qui ont subi un accident de voiture et dont l’état nécessite l’intervention des plusieurs spécialistes regroupés au sein d’un centre de traumatologie, explique André Lavoie, professeur à la Faculté de médecine. Au sein de cette équipe médicale, les chirurgiens généraux sont surtout appelés à intervenir pour les traumatismes au thorax et à l’abdomen.»
   
Parmi tous les patients admis, un peu plus de 2 600 présentaient des blessures thoraciques ou abdominales. Les 23 chirurgiens généraux des quatre centres ont eu à opérer 490 de ces patients. En bout de ligne, chaque chirurgien a donc effectué, en moyenne, moins de cinq interventions par année. «Contrairement à la situation qui a cours dans certains hôpitaux américains, les chirurgiens généraux des centres de traumatologie québécois ne limitent pas leur pratique aux traumatisés, souligne André Lavoie. Si c’était le cas, leurs compétences seraient compromises par un si faible volume.»
   
La tendance à la baisse du nombre d’opérations pratiquées par les chirurgiens généraux dans les centres de traumatologie n’est pas exclusive au Québec, précise André Lavoie. Elle s’expliquerait en bonne partie par l'utilisation grandissante de l’imagerie médicale, qui réduit la nécessité de recourir aux chirurgies exploratoires, et par le traitement non chirurgical des organes blessés.
  
La formation de la relève médicale subit les contrecoups de cette baisse. S’il est possible de contourner le problème en encourageant les résidents québécois à apprendre leur métier dans des centres américains qui accueillent davantage de patients victimes de traumatismes, le défi de garder la main se pose à leur retour. «Nous croyons que le fait de pratiquer des opérations chirurgicales d’urgence et des opérations non urgentes, en plus d’opérer les traumatisés, assure le maintien des habiletés des chirurgiens généraux qui oeuvrent dans les centres de traumatologie», concluent les auteurs de l’étude.

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