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Bouger à sa faim

L'activité physique, un traitement complémentaire prometteur pour les personnes atteintes d'hyperphagie boulimique

Par : Jean Hamann
L'hyperphagie boulimique se manifeste par un désir irrépressible de manger qui conduit à des épisodes de grande consommation de nourriture dans un court laps de temps. Ce désordre alimentaire touche 3,5% des femmes et 2% des hommes au cours de leur vie.
L'hyperphagie boulimique se manifeste par un désir irrépressible de manger qui conduit à des épisodes de grande consommation de nourriture dans un court laps de temps. Ce désordre alimentaire touche 3,5% des femmes et 2% des hommes au cours de leur vie.
L'activité physique pourrait donner un coup de pouce aux personnes aux prises avec l'hyperphagie boulimique, suggère une étude synthèse publiée par un groupe de six chercheuses québécoises dans la revue Current Obesity Reports. Des activités physiques d'intensité faible ou modérée, comme la marche ou le yoga, pourraient donc constituer un complément intéressant au traitement psychologique présentement recommandé aux personnes souffrant de ce désordre alimentaire, conclut l'étude supervisée par la professeure Vicky Drapeau, du Département d'éducation physique.

Plus fréquente que l'anorexie et la boulimie, l'hyperphagie boulimique touche 3,5% des femmes et 2% des hommes au cours de leur vie. Elle se manifeste par un désir irrépressible de manger qui conduit à des épisodes de grande consommation de nourriture dans un court laps de temps. Le critère diagnostique de cette maladie est que ces épisodes doivent survenir au moins une fois par semaine pendant au moins trois mois. «Contrairement à ce qu'on observe dans des cas de boulimie, il n'y a pas de comportements compensatoires tels que le recours au vomissement», précise Vicky Drapeau.

Ces épisodes de perte de contrôle sur la prise alimentaire, qui se déroulent la plupart du temps en privé, sont souvent suivis de sentiments de honte, de culpabilité, de remords, de dégoût et de détresse. Près de 40% des personnes aux prises avec ce problème souffrent également de dépression. Le traitement le plus efficace contre l'hyperphagie boulimique est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qui affiche un taux d'efficacité de 80%. À cela peut s'ajouter la prise d'antidépresseurs et de médicaments coupe-faim.

Afin de déterminer si l'activité physique pouvait aider les personnes aux prises avec ce désordre alimentaire, les chercheuses ont passé en revue la littérature scientifique consacrée à ce sujet. Huit études respectant les critères d'inclusion ont été retenues dans leurs analyses. Elles portaient sur un total de 842 personnes très peu actives physiquement et qui avaient, en moyenne, 5 épisodes d'hyperphagie par semaine.

Dans l'ensemble, ces études suggèrent que l'activité physique, combinée à la TCC, diminue la fréquence des épisodes d'hyperphagie et atténue les problèmes connexes qui l'accompagnent, notamment les symptômes dépressifs et l'anxiété. L'effet peut être substantiel, comme l'indique l'une de ces études: le taux de rémission qui se situait à 30% dans le groupe TCC seul est grimpé à 58% avec l'ajout d'activités physiques.

Les raisons pour lesquelles l'activité physique améliore l'état des personnes atteintes d'hyperphagie boulimique font l'objet de spéculations pour le moment. «L'une des hypothèses est que ce désordre alimentaire est provoqué par un dérèglement du système de récompense du cerveau. On sait que l'activité physique induit des modifications neurochimiques dans ces mêmes zones», souligne la professeure Drapeau. Les autres hypothèses se rapportent à l'effet coupe-faim de l'exercice ou à ses effets sur les neurotransmetteurs associés aux problèmes d'humeur et, conséquemment, à la prise alimentaire.

Vicky Drapeau et l'étudiante-chercheuse Claudine Blanchet espèrent pousser plus loin leurs recherches sur la question dès l'automne prochain. «Nous aimerions préciser le mode d'action de l'activité physique chez les personnes souffrant d'hyperphagie boulimique et déterminer à quelle fréquence, à quelle intensité et à quels moments elle produit le plus d'effets», explique la professeure Drapeau.

L'étude parue dans Current Obesity Reports est signée par Claudine Blanchet et Audrey St-Laurent, de l'UQTR, Marie-Ève Mathieu, de l'Université de Montréal, Shirley Fecteau, de la Faculté de médecine de l'Université Laval, Nathalie St-Amour, de l'UQAR, et Vicky Drapeau, du Département d'éducation physique, de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels et du Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

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