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Bienvenue aux dames

Des géographes féministes militent afin que les femmes soient plus présentes dans certains espaces occupés majoritairement par les hommes

Par : Renée Larochelle
Caroline Desbiens devait avoir sept ou huit ans quand, se baladant en ville avec sa mère, son attention a été attirée par un message figurant sur la porte d’une taverne où on pouvait lire: «Bienvenue aux dames». «C’est ce jour-là que j’ai pris conscience qu’il existait des espaces exclusivement réservés aux hommes, même si la situation a été corrigée depuis», raconte cette professeure au Département de géographie. Au cours des années et à l’instar de la plupart des femmes, elle a compris que la liberté d’aller et venir était en général plus restreinte pour les personnes de sexe féminin que pour les hommes.
«Si l’Arabie Saoudite ou l’Afghanistan sont des pays qui nous viennent spontanément à l’esprit lorsqu’on parle de mobilité restreinte pour les femmes à qui on interdit notamment de conduire ou de sortir sans être accompagnées d’un homme, il n’en demeure pas moins qu’au Québec, la peur d’être assaillies sexuellement empêche encore certaines femmes de sortir seules le soir dans des espaces plus ou moins déserts», a rappelé Caroline Desbiens, lors d’un midi-rencontre sur la géographie féministe organisé par la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes, le 19 février. «Je pense également à des espaces de travail à dominance masculine et moins accessibles aux femmes tels que les chantiers de construction, où évoluer à l’aise comme travailleuse ne va pas toujours de soi, a poursuivi la géographe. Une ingénieure qui travaillait à la Baie-James m’a déjà dit que le seul fait de traverser une cafétéria remplie d’hommes à l’heure du lunch constituait une épreuve à cause de tous les regards masculins qui pesaient sur elle.» 

Un modèle du genre
La géographie féministe, vous connaissez? C’est l’étude de la distribution des individus dans l’espace selon leur sexe. Si cette discipline est pratiquement inexplorée dans les universités québécoises, elle est davantage étudiée dans les universités anglo-saxonnes où des chercheuses féministes s’y intéressent depuis les années 1970. C’est le cas de la géographe Gillian Rose qui s’est inspirée des travaux d’historiennes de l’art et a étudié la question de la dynamique du regard masculin et du rapport de force entre les hommes et les femmes dans certaines œuvres picturales. Selon cette féministe, un tableau du célèbre portraitiste et paysagiste anglais Thomas Gainsborough (1727-1780), intitulé Mr and Mrs Andrews, reflète bien ce rapport inégal et cette différence de relation avec l’espace entretenus par l’un et l’autre sexe. Fusil à la main, l’homme est debout, actif, avec à ses pieds son chien de chasse qui n’attend qu’un signal de son maître pour s’élancer vers les grands espaces. La femme, elle, est assise, passive et figée, les mains et les pieds joints, faisant corps avec le banc et l’arbre. On comprend très vite que le propriétaire des lieux est l’homme, tandis que la femme fait en quelque sorte partie de la propriété, pour ne pas dire du paysage, dans cette éternelle association entre la femme et la nature. 

«Des féministes affirment qu’il faut réinventer une nouvelle grammaire du paysage et de l’espace afin que d’autres types d’acteurs et de relations puissent y être représentés», a souligné Caroline Desbiens. Par ailleurs, des groupes de conscientisation, comme les Guerrilla Girls, dénoncent au moyen d’affiches le fait qu’il y a si peu de femmes artistes dans l’histoire de la peinture moderne. «Est-ce que les femmes ont besoin d’être nues pour faire leur entrée au musée?», lancent-elles avec humour, ajoutant que «moins de 5 % des artistes de la section arts modernes du Musée métropolitain à New York sont des femmes, mais que 85 % des modèles nus sont des femmes».

  

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