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Bic: l'héritage

Ce parc national protège bien son patrimoine floristique, mais il faut encore veiller au grain

Par : Jean Hamann
Malgré sa faible superficie, le parc national du Bic parvient à bien conserver sa flore exceptionnelle. Toutefois, il faut demeurer aux aguets parce que de nombreuses menaces à l’intégrité du patrimoine floristique de ce territoire ont déjà une patte ou une racine dans la porte. Voilà, en résumé, le message qu’ont livré Claude Lavoie et Annie Saint-Louis, du Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD), à l’occasion du premier Colloque sur la recherche scientifique au parc national du Bic qui avait lieu le 4 mai. Organisé par le parc et par le Centre d'études nordiques, l’événement réunissait les chercheurs universitaires ou gouvernementaux qui utilisent ce lieu exceptionnel comme terrain de recherche.
 
Les deux chercheurs du CRAD ont comparé la flore de ce territoire avant et après la création du parc en 1984, de façon à déterminer si les mesures de conservation avaient porté fruit. Pour brosser le portrait de la flore avant 1984, ils ont eu recours à 64 sources historiques, dont la plus ancienne date de 1907. Deux campagnes de terrain, effectuées en 2004 et 2005, ont permis de dresser l’inventaire de la flore actuelle de ce site. Les chercheurs ont ainsi constaté que le nombre de taxons (espèces, sous-espèces, variétés et hybrides) de ce territoire est passé de 585 à 710. «Le parc du Bic abrite plus de 25 % de la flore québécoise, ce qui est exceptionnel pour un site aussi petit», souligne Claude Lavoie.
   
Une analyse plus détaillée apporte toutefois des nuances à l’interprétation qu’on pourrait faire de cette hausse. D’une part, le nombre de taxons exotiques, qui était de 91, a grimpé à 179, ce qui représente près de 60 % des additions à la flore du parc. Par ailleurs, 34 taxons signalés dans les documents historiques n’ont pas été revus lors des deux campagnes de terrain. «C'est donc à peu près 6 % de la flore du parc que l'on peut considérer comme disparue, dont quatre espèces rares, précise le professeur Lavoie. Ça ne signifie pas que le parc ne remplit pas son rôle de protection de la flore. Certaines populations de plantes disparaissent en raison de phénomènes naturels.»

Dans un rapport faisant le bilan de cette recherche, Claude Lavoie propose un train de mesures pour préserver et enrichir le patrimoine floristique actuel du parc: mieux protéger ses milieux humides, garder à l’oeil le cerf de Virginie dont la population approche la densité critique à partir de laquelle il y a risque de surbroutage, utiliser des espèces indigènes dans les aménagements ornementaux, faire l’acquisition de la tourbière de Saint-Fabien, qui jouxte la limite sud du parc et qui abrite 17 espèces absentes du parc. Les plantes exotiques devront aussi faire l’objet d’une attention particulière. «Il ne s’agit pas encore d’un grave problème, mais le roseau commun eurasien et la renouée japonaise sont arrivés dans la région. Nous recommandons de ne pas paver les routes du parc, parce que ces travaux et les conditions qu’ils créent après coup favorisent l’installation et la prolifération des espèces exotiques envahissantes», précise-t-il.
   
Enfin, Claude Lavoie y va d’une recommandation qui forcera une réflexion sur la philosophie de conservation que veut préconiser le parc national du Bic. Il y a présentement 154 taxons qui ne vivent que dans des milieux ouverts du parc et la forêt reprend peu à peu ses droits sur ces territoires. Le chercheur recommande donc de couper les jeunes arbres pour retarder la succession écologique dans certains secteurs et pour maintenir ouverts les prés en friche. «L’activité humaine a contribué à la diversité des habitats du parc et à la richesse de sa flore, fait-il valoir. Si la forêt envahit les milieux ouverts, c’est pas moins de 22 % de la flore qui est menacé à plus ou moins long terme, sans compter le fait que le parc perdra une partie de son cachet.»

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