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Au chevet d'une orchidée

Des chercheurs surveillent, à la feuille près, quelque 1500 orchidées sauvages afin de savoir si la restauration d'une tourbière leur sera bénéfique

Par : Jean Hamann
Le nombre de feuilles et de fleurs portées par les cypripèdes royaux est un indicateur de la viabilité de cette population d'orchidées sauvages.
Le nombre de feuilles et de fleurs portées par les cypripèdes royaux est un indicateur de la viabilité de cette population d'orchidées sauvages.
Les travaux de restauration d'une tourbière située à proximité du parc national du Bic permettront-ils de conserver la population d'orchidées sauvages qu'on y trouve? C'est pour répondre à cette question que Claude Lavoie, Annie Saint-Louis et Elisabeth Groeneveld, du Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET) de l'Université Laval, ont entrepris de suivre individuellement des centaines de cypripèdes royaux qui y poussent.
   
La tourbière où les chercheurs réalisent ce suivi a été exploitée pendant une vingtaine d'années. Pour faciliter l'extraction de la tourbe, les propriétaires avaient effectué des travaux de drainage qui ont asséché la tourbière, même dans la partie non exploitée du site. «Ces conditions plus sèches ont favorisé l'établissement d'arbres. Comme les cypripèdes royaux ne tolèrent pas un fort ombrage, ils ne poussent pas là où il y a beaucoup d'arbres», a expliqué le professeur Lavoie lors du colloque annuel du GRET qui se déroulait le 22 février sur le campus.
   
En 2008, la directrice du GRET Line Rochefort et son équipe ont amorcé la restauration de cette tourbière. L'un des premiers gestes posés a été de bloquer les canaux de drainage afin de rétablir les conditions humides naturelles de ce milieu. Cette intervention arrive-t-elle trop tard pour freiner la progression des arbres et pour permettre aux orchidées de se maintenir? Pour le savoir, Claude Lavoie et ses deux collaboratrices ont marqué 1500 orchidées de cette tourbière à l'aide d'étiquettes installées à leur pied. Depuis 2008, ils dénombrent les feuilles et les fleurs portées par chaque plante. «Ces paramètres nous renseignent sur la viabilité de cette population», précise le professeur de l'École supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional.
  
Les données recueillies au cours des quatre dernières années sont encore insuffisantes pour tirer des conclusions sur le sort qui guette cette population. «En raison des variations annuelles, il faut un suivi d'au moins cinq ans pour déterminer si la population prend du mieux ou non», souligne le chercheur. Signe encourageant tout de même, le nombre de feuilles par plante augmente d'année en année. Pour ce qui est du nombre de fleurs, il demeure stable, mais on ignore si cela a des répercussions sur la reproduction étant donné que cette espèce peut se propager végétativement.
   
Quant à savoir si un petit coup de tronçonneuse ne donnerait pas une chance aux orchidées dans cette lutte qui a des allures de David contre Goliath, Claude Lavoie hésite à trancher. «Comme tous les écologistes, je suis prudent lorsque vient le temps de faire des prédictions. Toutefois, considérant qu'il n'y a pas de cypripèdes royaux dans les secteurs où la densité d'arbres est élevée, je dirais que le déboisement améliorerait probablement leur situation.»

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