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À l’heure de la foresterie sociale

Selon une étude, les usagers de la forêt peuvent juger de façon favorable la coupe totale dans un paysage forestier

De grandes coupes forestières sont effectuées dans une forêt d’enseignement et de recherche comme la Forêt Montmorency.
De grandes coupes forestières sont effectuées dans une forêt d’enseignement et de recherche comme la Forêt Montmorency.

Début mars, durant la semaine de lecture, une vingtaine d’adeptes du ski de fond se prêteront à une expérience inusitée à la Forêt Montmorency. Sous la supervision du professeur Étienne Berthold, du Département de géographie, ils s’adonneront à leur sport équipés d’une minicaméra fixée sur leur tête et d’un micro placé près de leur bouche. Ils seront également munis d’un GPS qui permettra au chercheur de connaître le parcours exact qu’ils auront effectué.

«Je veux voir ce qu’ils verront sur leur parcours le long des chemins forestiers, explique le professeur. Je veux aussi savoir s’ils prendront le temps de commenter le paysage en voisinant de grandes coupes forestières, car il y en a dans une forêt d’enseignement et de recherche comme la Forêt Montmorency. Je veux savoir ce qu’ils diront. Je veux connaître les motifs qui conditionnent leur appréciation, que ce soit une petite neige qui tombe, ou bien des chants d’oiseaux.»

Le 20 février au pavillon Gene-H.-Kruger, Étienne Berthold fera un exposé dans le cadre du colloque Kruger. Le colloque est l’une des activités phares de la Semaine des sciences forestières. La communication du professeur aura pour titre «La foresterie face aux perceptions des usagers de la forêt: études de cas à la Forêt Montmorency». Le 30e colloque se déroulera sur le thème «La foresterie sociale: un enjeu à l’échelle humaine».

La forêt parle à tout le monde

«Il y a quelques années, en discutant avec des collègues de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, je me suis rendu compte qu’il y a énormément d’aspects sociaux à la foresterie, raconte le professeur Berthold. La forêt parle à tout le monde au Québec. Tous peuvent y associer un sens, même s’il s’agit d’un lieu de disruption ponctué d’inconnu et de mystère. Une forêt bien aménagée repousse. Nous devons nous approprier cette ressource renouvelable comme individus et comme collectivité.»

Depuis trois ans, le chercheur et sa petite équipe mènent à la Forêt Montmorency un projet de recherche qui vise à mieux comprendre comment s’exprime l’appréciation visuelle du paysage forestier dans le contexte de la pratique d’une activité récréative en forêt. Dans ce but, ils ont installé des dispositifs pour capter les réactions de randonneurs. Ce sont 10 points d’étude en fonction d’arrêts «naturels», comme les croisées de chemin. «Nous avions, pour cela, parcouru plusieurs fois les sentiers avant d’installer les panneaux, question d’observer les traces de raquettes et d’identifier et de valider ces arrêts naturels», explique-t-il.

À l’hiver 2018 et à l’hiver 2019, près de 200 randonneurs âgés de 18 ans et plus ont accepté de participer à l’étude. Ils ont été recrutés de façon spontanée aux portes de la Forêt. «Ils partaient avec un iPod, indique le chercheur. Lorsqu’ils arrivaient face à un panneau numéroté et aux couleurs du projet, ils sortaient leur iPod et répondaient à un court questionnaire d’une trentaine de secondes. Les questions visent à mesurer leur appréciation de la coupe forestière totale et du paysage forestier et, surtout, les facteurs de l’expérience du lieu qui entouraient cette appréciation.»

Généralement, de forts taux d’appréciation de la coupe forestière totale et du paysage visuel ont été exprimés. Cette appréciation était souvent conditionnelle à la présence de bonnes conditions météo, le fait d’être relaxe, d’être avec des personnes que l’on estime, et autres.

«Ces résultats, soutient Étienne Berthold, nous enseignent notamment que la coupe peut être appréciée dans le contexte de l’ensemble du paysage forestier, mais surtout que cette appréciation est très liée au contexte de l’activité, comme les conditions climatiques, la présence de faune, le fait d’être entre amis, en famille, et autres. Ça, c’est la plus-value de ma recherche: habituellement, on a quelques méthodes pour mesurer l’appréciation visuelle du paysage forestier et de la coupe forestière totale, mais elles correspondent souvent à des simulations, soit à l’ordinateur, ou encore par photographies, dans un contexte extra forestier. On ne peut alors prendre en compte toutes les variables.»

L’été dernier, les chercheurs ont recruté une trentaine de non-usagers de la Forêt Montmorency. Ceux-ci ont parcouru une centaine de kilomètres en automobile sur la route 175 reliant Québec au Saguenay. Dix points d’observation avaient été déterminés. Les participants donnaient leur appréciation sur une échelle d’un à dix. «Le panorama est très hétérogène, la topographie est accidentée, souligne le professeur. Elle a été transformée sous l’action humaine. Les commentaires généraux ont été à l’effet que la coupe forestière ouvre le paysage, ce qui permet de voir plus loin. Rien ne permet de croire qu’ils ont une vision négative par rapport à la coupe totale.»

À terme, Étienne Berthold vise la participation à son projet de recherche de l’ensemble des catégories d’usagers de la Forêt. Ceux-ci comprennent, entre autres, les pêcheurs, les cueilleurs de champignons et les observateurs d’orignaux.

«Tire-toi une bûche, qu’on jase de la forêt»

La Semaine des sciences forestières est une réalisation d’étudiantes et d’étudiants du Département des sciences du bois et de la forêt. Elle s’est mise en branle le 11 février par une soirée de contes et légendes au pavillon Alphonse-Desjardins. Le lendemain, une soirée Génie en arbre s’est déroulée au pavillon Abitibi-Price. Le 18 février se tiendra la Journée de la recherche au même endroit. La Semaine prendra fin avec le Salon de la forêt, les 22 et 23 février au pavillon Alphonse-Desjardins. Cette activité grand public, la 41e du genre, aura pour thème «Tire-toi une bûche, qu’on jase de la forêt». Plusieurs acteurs de la forêt, qui font de celle-ci leur métier et leur passion, seront sur place. Une trentaine de kiosques permettront d’en savoir plus sur des sujets aussi variés que les produits du bois, la faune et la machinerie forestière. Sept conférences seront à l’affiche. La doctorante en biologie Guillemette Labadie abordera la question de la survie et de la répartition du caribou forestier. La professeure Alison Munson, du Département des sciences du bois et de la forêt, parlera de la biodiversité de nos villes. Quant à sa collègue Évelyne Thiffault, elle fera son exposé sur la foresterie et les changements climatiques. Le Salon comprendra également des jeux forestiers, des activités jeunesse et une exposition de photos.

Plus de détails sur la Semaine des sciences forestières et programmation du Salon de la forêt

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