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À double tranchant

Le recours aux antiviraux pourrait favoriser l'émergence de souches résistantes du virus A (H1N1)

Par : Jean Hamann
La prescription de médicaments antiviraux pour prévenir la grippe A (H1N1) favoriserait l'émergence de souches mutantes. C'est ce qu'avancent Mariana Baz, Yacine Abed, Jesse Papenburg, Xavier Bouhy, Marie-Ève Hamelin et Guy Boivin, du Centre de recherche en infectiologie (CRI), dans un article publié le 11 novembre dans la version en ligne du New England Journal of Medicine.
   
Les chercheurs y décrivent un cas où une souche virale résistante au médicament Tamiflu est apparue après l'administration de cet antiviral aux quatre proches d'un enfant atteint de grippe pandémique. Environ 24 heures après le début du traitement préventif au Tamiflu, le père de l'enfant a manifesté les premiers symptômes grippaux. Au huitième jour de traitement, il a consulté son médecin en raison d'une toux persistante. L'analyse d'échantillons prélevés dans ses voies respiratoires a révélé que la souche virale A (H1N1) qui l'infectait était résistante au Tamiflu et sensible au Relenza. Or, la souche responsable de l'infection chez l'enfant était sensible aux deux antiviraux. Les chercheurs précisent que la souche mutante était 400 fois plus résistante au Tamiflu que la souche retrouvée chez l'enfant.
   
«Notre hypothèse est que l'administration de doses trop faibles de Tamiflu, au moment où la réplication du virus est commence, a été un facteur important qui a conduit à l'apparition de la souche résistante retrouvée chez le père», résument-ils. Signalé aux autorités médicales en juillet dernier, ce cas d'émergence d'une souche de grippe A (H1N1) résistante au Tamiflu était le premier en Amérique du Nord et l'un des premiers au monde. Depuis, plus d'une quarantaine de cas seraient survenus, mais selon l'Organisation mondiale de la santé, rien n'indique que ces souches se seraient propagées.
   
Selon les chercheurs, ces événements constituent autant de rappels du danger de prescrire des antiviraux comme moyen de prévention de la grippe pandémique. Toutefois, si l'état de santé précaire de certaines personnes impose le recours à cette mesure, les chercheurs suggèrent de suivre étroitement leur condition et de passer de la dose préventive de l'antiviral (une fois par jour) à la dose thérapeutique (deux fois par jour) dès l'apparition des premiers symptômes grippaux.

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