COVID-19

COVID-19: Pourquoi il est essentiel de connaître l'origine du coronavirus

Si l'on ne parvient pas à préciser la source du SARS-CoV-2, la maladie pourrait ressurgir là où on la croyait endiguée

Gary Wong, professeur à la Faculté de médecine, chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur le réseau de surveillance des virus de l'influenza chez les oiseaux migrateurs du Grand Nord.
Gary Wong, professeur à la Faculté de médecine, chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur le réseau de surveillance des virus de l'influenza chez les oiseaux migrateurs du Grand Nord.

Au cours des dernières semaines, plusieurs voix se sont élevées pour dire qu'il était contre-productif de chercher les causes de la pandémie de COVID-19 et qu'il valait mieux concentrer tous les efforts vers la recherche de vaccins et de traitements. Gary Wong n'est pas de cet avis.

Le professeur de la Faculté de médecine et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval reconnaît que la recherche d'antiviraux efficaces contre cette maladie est primordiale parce que ces médicaments permettront de sauver de nombreuses vies pendant la présente pandémie. «Toutefois, ce qui va sauver encore plus de vies est la prévention de la transmission du virus. Pour cette raison, trouver la source du SARS-CoV-2 est essentiel si l'on veut adopter des mesures de santé publique qui préviendront de nouvelles éclosions. Sinon, la maladie pourrait connaître de nouvelles flambées là où on la croyait endiguée.»

Spécialiste des virus animaux et titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur le réseau de surveillance des virus de l'influenza chez les oiseaux migrateurs du Grand Nord, le professeur Wong vient de signer dans la revue Zoological Research, avec cinq chercheurs chinois, une synthèse des connaissances actuelles sur l'origine du SARS-CoV-2. Même si de nombreuses zones d'ombre subsistent, il semble de plus en plus probable que ce virus ait une origine animale et qu'une mutation lui aurait permis de franchir la barrière des espèces pour infecter les humains.

De la chauve-souris au pangolin

Le SARS-CoV-2 est fortement apparenté à un coronavirus affectant des chauves-souris du genre Rhinolophus. Des études comparatives entre le génome de ce coronavirus et celui du SARS-CoV-2 montrent un degré de similitude dépassant 95%. Les chauves-souris auraient transmis ce virus au pangolin malais, un mammifère sauvage qui figure sur la liste des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature. «Les pangolins ont peut-être été exposés au virus par l'intermédiaire d'aérosols d'urine ou de fèces alors qu'ils se trouvaient à proximité ou à l'intérieur de cavernes abritant des chauves-souris, avance le professeur Wong. Après avoir infecté le pangolin, le virus aurait subi des mutations lui permettant d'infecter les cellules humaines.»

Le SARS-CoV-2 aurait émergé chez des pangolins infectés par un coronavrius provenant de chauves-souris. Des mutations auraient permis à ce coronavirus de franchir la barrière des espèces pour infecter les humains.

Les chauves-souris constitueraient le réservoir principal de SARS-CoV-2. Elles abritaient le virus, mais elles seraient peu ou pas affectées par sa présence. Fait intrigant, ces animaux sont également associés aux deux autres crises sanitaires causées par des coronavirus depuis 20 ans, soit l'épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et l'épidémie de syndrome respiratoire du Moyen-Orient. «On ignore si certaines particularités des chauves-souris les rendent plus susceptibles d'agir comme réservoirs pour les coronavirus, précise le professeur Wong. Le système immunitaire de ces animaux est encore très peu connu.»

Quant au pangolin malais, signalons que ce mammifère vit en Asie du Sud-Est, mais pas en Chine. C'est en raison d'un commerce illégal que des spécimens de cette espèce se sont retrouvés dans la ville de Wuhan, considérée comme le foyer de la pandémie. Les pangolins vivants sont vendus dans des marchés publics où ils sont recherchés pour leur chair ou pour leurs écailles, utilisées en médecine traditionnelle chinoise.

Un virus créé en laboratoire?

En théorie, l'interdiction de vendre des animaux vivants dans les marchés pourrait réduire les risques de transmission de virus entre animaux et humains. En pratique, cette solution serait difficilement applicable, estime le chercheur. «Il s'agit d'une tradition fortement ancrée chez les habitants de ces régions. Je crois qu'il faut plutôt miser sur des mesures d'encadrement très strictes, notamment la ségrégation des espèces animales pour éviter qu'elles s'échangent des virus et la désinfection quotidienne des marchés.»


« Il n'existe aucune preuve scientifique pour soutenir l'idée que le coronavirus ait été créé en laboratoire. »
Gary Wong

Pour l'instant, il est prioritaire d'identifier les espèces qui agissent comme réservoirs et comme hôtes intermédiaires du SARS-CoV-2, souligne le professeur Wong. À cette fin, il participe à des travaux dans le bassin du fleuve Mékong pour détecter la présence de ce virus dans des populations d'animaux sauvages et dans des élevages d'animaux domestiques.

Enfin, question incontournable, se pourrait-il que le SARS-CoV-2 ait été créé en laboratoire? «Il est important de bien analyser l'information scientifique dont nous disposons, répond Gary Wong. Dans le passé, les épidémies et les pandémies causées par des coronavirus ont toujours résulté d'une transmission de l'animal à l'humain. Jusqu'à maintenant, il n'existe aucune preuve scientifique pour soutenir l'idée que ce coronavirus virus ait été créé en laboratoire.»

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