Chroniques

Trois questions à Stephen Gordon

Pour la première fois depuis 1976, le huard figurant sur la pièce d’un dollar canadien peut regarder dans les yeux le George Washington du fameux billet vert puisque la parité a été atteinte le 19 septembre. Cette fluctuation monétaire constitue bien sûr une conséquence directe de la baisse des taux d’intérêt du côté américain. Stephen Gordon, professeur au Département d’économique, avance quelques hypothèses pour mesurer l’impact de ce phénomène monétaire sur l’économie canadienne.

Q Pourquoi les consommateurs canadiens n’ont pas encore bénéficié de la hausse de leur canadienne sur le billet vert américain alors que beaucoup de biens viennent des États-Unis?

R  Normalement, l’augmentation de la devise canadienne devrait se traduire en baisse des prix. Cependant la procédure est lente, prend beaucoup de temps. Ce phénomène s’observe aussi pour les taux de change d’autres pays, ou lorsque la valeur du dollar canadien baisse, mais on ignore pourquoi. En fait, l’ajustement se fait surtout de façon rapide sur des marchés très concurrentiels comme celui du pétrole, ou dans les villes très proches de la frontière américaine, à Windsor par exemple. Sur de nombreux autres marchés, la négociation autour des prix a lieu une fois par an, dans le cas d’une ferme notamment qui s’engage par un contrat à vendre ses biens à un certain montant.

Q Quelles sont les conséquences de cette hausse du dollar pour un pays comme le Canada qui exporte beaucoup vers les États-Unis?

R  Il faut savoir que la valeur du dollar canadien a beaucoup monté grâce à la production pétrolière domestique. Le prix du baril a été multiplié par quatre depuis 2000. Il y a donc un déplacement du secteur manufacturier vers le secteur primaire. C’est un phénomène global et à long terme. Actuellement, tous les pays riches ont des difficultés avec leur production manufacturière car la Chine et l’Inde fabriquent des produits à moindre prix. Au Canada, les pertes d’emploi dans le secteur manufacturier ont été plus que compensées par des gains ailleurs, en informatique, dans la construction, dans les services. De plus, je pense qu’un des avantages d’un dollar canadien fort, c’est qu’il devient moins difficile d’acheter des équipements aux États-Unis. Voilà l’opportunité de s’équiper et d’utiliser des nouvelles technologies pour transformer le secteur manufacturier. On pourrait se diriger vers des productions de type Blackberry, un article de haute technologie.

Q Selon plusieurs spécialistes, la baisse du dollar américain annonce une récession économique aux États-Unis. Est-ce que le Canada pourrait être touché?

R  Oui, mais pas autant qu’avant. Par le passé, notre croissance reposait sur une hausse des exportations vers les marchés américains et tout arrêt de leur consommation nous affectait. Depuis 2000 ou 2001, le volume de nos exportations est assez constant, et l’économie canadienne dépend donc moins de l’état de l’économie américaine. Lors des précédentes récessions aux États-Unis, le prix du pétrole diminuait. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car la Chine et les pays en voie de développement sont demandeurs et l’offre en hydrocarbure connaît des difficultés. Les prix dans ce secteur vont donc rester élevés et nos exportations énergétiques continueront. Par contre, l’augmentation du dollar constitue une mauvaise nouvelle pour le secteur forestier. Toutefois, cela représente une part assez faible de l’économie en général, même s’il fait vivre plusieurs communautés.

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