Chroniques

Trois questions à Stéphane Leman-Langlois

Sur le piratage informatique contre le Parti démocrate des États-Unis

Par : Pascale Guéricolas
Pour la première fois, Donald Trump, qui prendra ses fonctions présidentielles le 20 janvier, a reconnu explicitement la responsabilité de Moscou dans le piratage contre le Parti démocrate. Selon les services de renseignement américain, la Russie a joué un rôle dans la fuite des courriels de cette formation politique lors de la campagne électorale américaine. Deux groupes liés au gouvernement russe, connus sous les acronymes AP29 et APT28, auraient infiltré les systèmes informatiques. L'analyse de Stéphane Leman-Langlois, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque.

Comment le groupe de hackers Guccifer 2.0 a-t-il procédé pour obtenir le mot de passe de John Podesta, le directeur de campagne d'Hillary Clinton, afin d'accéder à ses courriels?


Ces hackers ont eu recours à un moyen très classique, qui fonctionne neuf fois sur dix: ils ont envoyé à John Podesta un phishing, un courriel d'hameçonnage. En général, le hacker s'y fait passer pour un administrateur du réseau. Il demande à l'utilisateur de vérifier son mot de passe, souvent en lui en expédiant un faux. Apparemment, le directeur l'a donné facilement, ce qui semble assez négligent, car il y avait déjà eu une tentative d'attaque à ce moment-là. Par contre, il subsiste un flou artistique sur les moyens mis en place par les hackers pour pénétrer dans le système lui-même du Comité national démocrate (CND). On ne sait pas non plus si le FBI a détecté ou non cette faille. Le rapport reste très évasif à ce sujet. Selon les responsables du renseignement, le CND a choisi de confier l'enquête à CrowdSource, son fournisseur privé de services Internet et de sécurité. Pourtant, le FBI aurait exigé plusieurs fois d'avoir accès au serveur des démocrates. Bref, il apparaît difficile de connaître la bonne version de l'histoire.

À quelles représailles la Russie peut-elle s'attendre, en dehors de l'expulsion de ses 35 diplomates?


Même s'il est à la veille de son départ, le président Barack Obama a laissé entendre que le gouvernement américain se réservait le droit de faire des frappes numériques. Des milliers de techniciens en informatique du cyber-commandement s'affairent déjà, en ce moment même, à monter des attaques sur des cibles diverses. Ce genre d'intervention numérique a sans doute lieu contre plusieurs pays dans le monde, y compris contre la Russie. Tout cela est très inquiétant pour la démocratie, particulièrement dans un monde où l'information joue un rôle très important lors des campagnes électorales. Les candidats risquent de subir les attaques de l'info-guerre, provenant de l'étranger ou de formations rivales. Des républicains, se faisant passer pour des agents russes, pourraient infiltrer le serveur des démocrates pour divulguer des informations. Il existe des possibilités infinies de détourner le discours et le contenu médiatique de formations politiques, notamment avec de fausses informations. Ces fausses informations sont souvent rapportées par les médias traditionnels, même s'ils utilisent les guillemets et le conditionnel. En tant qu'utilisateurs d'Internet, nous sommes prêts à croire n'importe quelle information, dans la mesure où la nouvelle nous conforte dans nos idées reçues.

Que faut-il faire pour sensibiliser le public aux risques de croire n'importe quelle information?


Pour protéger notre démocratie, il va falloir passer à un mode accéléré d'éducation des citoyens, en particulier en ce qui concerne la consommation des nouvelles en ligne. Il est très alarmant de constater qu'un site ésotérique et bizarre comme Breitbart News (NDLR: un site américain très conservateur dont l'un des dirigeants conseille le président déterminé Donald Trump) soit devenu l'une des sources principales d'information d'une partie de la population américaine. Dès l'école primaire, les enseignants devraient mettre les élèves en garde contre le risque d'utiliser de fausses informations lors de leurs recherches sur Internet. Je constate que, même à l'université, des étudiants ne savent pas faire de la recherche en ligne. Il semble difficile pour eux de mettre en contexte un événement et d'exercer leur sens critique, car ils n'écoutent pas les nouvelles traditionnelles. Un entrefilet sur Facebook représente parfois leur seule fenêtre sur le monde.

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