Chroniques

Trois questions à Roger C. Levesque

Sur la résistance aux antibiotiques

Par : Pascale Guéricolas
Si rien n'est fait, 10 millions de personnes pourraient mourir chaque année des suites d'infections résistantes aux antibiotiques dès 2050. Un rapport publié le 19 mai pour le gouvernement britannique incite les pays du G20 à prendre ce problème à bras le corps. À l'Université Laval, l'Institut de biologie intégrative et des systèmes, dirigé par Roger C. Levesque, travaille déjà sur cette question. Voici l'opinion du professeur au Département de microbiologie-infectiologie sur cette menace sanitaire.

Quelles sont les bactéries particulièrement résistantes aux antibiotiques et dont les gènes sont transmissibles à d'autres bactéries?


Le phénomène de la résistance aux antibiotiques s'aggrave avec le vieillissement de la population et les hospitalisations sont de plus en plus longues. L'hôpital constitue un milieu très favorable à la présence de bactéries, capables de transférer leurs gènes de résistance. De façon surprenante, beaucoup de patients âgés meurent de pneumonie, car des bactéries comme les Klebsiella pneumoniae présentent une grande résistance aux traitements. Plusieurs infections pulmonaires sont devenues intraitables. D'autres bactéries, comme le Clostridium difficile, davantage opportunistes que pathogènes, s'attaquent à des personnes déjà malades ou affaiblies, qui ont eu des greffes par exemple. Il ne faut pas oublier que pendant longtemps, les éleveurs ont utilisé des antibiotiques dans les moulées pour une meilleure croissance des animaux. Cela a contribué à favoriser la résistance des bactéries aux traitements. Cette utilisation est maintenant limitée, mais beaucoup de bactéries arrivent sans cesse d'autres pays. La transmission des microbes opportunistes pouvant transmettre des maladies est donc devenue planétaire, du fait d'un véritable brassage microbien mondial.

Quels sont les moyens à déployer en priorité pour lutter contre cette menace sanitaire? Limiter les prescriptions d'antibiotiques chez le médecin? Agir sur l'alimentation du bétail?


Il faut accomplir plusieurs démarches en même temps. Il n'y a pas si longtemps, les médecins traitaient par antibiotiques aussi bien les virus que les bactéries. Aujourd'hui, ils sont mieux formés et l'utilisation de ce type de médicament se fait plus restreinte. On doit aussi comprendre qu'au fil du temps, les compagnies pharmaceutiques ont un peu délaissé ce domaine de recherche. Concevoir un antibiotique, que l'on n'utilise qu'une dizaine de jours, cela coûte plusieurs milliards de dollars. Financièrement, il semble beaucoup plus intéressant d'offrir des traitements orientés vers les maladies dégénératives, les maladies cardiovasculaires, les problèmes d'embonpoint ou le cholestérol. Le patient va consommer ces médicaments durant de longues années, ce qui revient à plusieurs centaines de dollars par mois. L'autre problème, c'est que le choix de la chimie combinatoire, effectué par les laboratoires pour mettre au point de nouveaux antibiotiques, a été un échec total. Essentiellement, les compagnies modifiaient un peu la molécule de pénicilline, pour la combiner à un antibiotique d'une autre famille, afin de rendre le traitement mieux tolérable par le corps. Tout compte fait, aucun nouvel antibiotique n'a été découvert depuis 40 ans. Les laboratoires reviennent donc vers les produits naturels. On essaie de découvrir dans l'eau ou dans le sol des producteurs d'antibiotiques que l'on n'aurait pas encore trouvés. De nouvelles technologies, comme la génomique et des méthodes très fines de criblage, ouvrent la voie à de nouveaux antibiotiques.

Quelles sont les nouvelles stratégies établies pour la recherche de nouveaux antibiotiques?


Les compagnies pharmaceutiques ont fini par comprendre qu'il n'était pas nécessaire que les antibiotiques tuent toutes les bactéries, car même celles qui sont utiles au patient ne résistent pas aux traitements à large spectre. En milieu hospitalier, cela a pour effet de rendre les malades très vulnérables à la moindre infection transférée par les bactéries disponibles autour d'eux. Les laboratoires tentent donc de trouver des antibiotiques beaucoup plus ciblés, très efficaces contre les infections pulmonaires ou qui traitent spécifiquement les infections de la peau. Les recherches s'orientent par ailleurs vers le contrôle du comportement de bactéries. Des molécules visent à arrêter les protéases, des enzymes qui attaquent les cellules humaines ou le corps lorsqu'elles sont en nombre suffisant. Ce type d'approche est encore expérimental, mais il apparaît très prometteur lorsqu'il est combiné à l'utilisation d'antibiotique. Cette façon de faire, sur laquelle on travaille dans notre laboratoire, laisse plus de place au système immunitaire.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!