Chroniques

Trois questions à Olivier Boiral

Sur la taxe sur le carbone

La taxe sur le carbone fait partie des enjeux de l’actuelle campagne électorale. Justin Trudeau voudrait en imposer une à des provinces, comme l’Alberta, qui ont mis fin à ce mécanisme. En revanche, son rival Andrew Sheer affirme que ce type de mesures ne sert à rien. En effet, une étude publiée par la Colombie-Britannique montre que le niveau d’émission des gaz à effet de serre (GES) reste inchangé dans cette province depuis 10 ans, malgré la taxe carbone instaurée en 2008. Voici l’éclairage d’Olivier Boiral, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’internalisation du développement durable et la responsabilisation des organisations et professeur au Département de management.

Comment expliquer la performance environnementale plutôt décevante de la taxe carbone en Colombie-Britannique?

Sortis de leur contexte, les chiffres ne veulent pas dire grand-chose. En 10 ans, le PIB dans cette province a augmenté de plus de 20% et sa population, de près de 17%. Sans cette taxe, d’environ 40 dollars la tonne, les émissions de gaz à effet de serre auraient sans doute été beaucoup plus élevées. En plus, le volume d’émissions par personne a diminué. Il faut bien comprendre qu’une bonne partie de la pollution actuelle vient du secteur du transport. Pour que le comportement des gens change et que les déplacements se fassent en véhicules électriques ou en transports en commun, il faudrait augmenter les taxes substantiellement. Selon le Fonds monétaire international et plusieurs organismes internationaux, le prix devrait être d’au moins 70 dollars la tonne, voire davantage. Mieux vaudrait d’ailleurs parler de redevances que de taxes. Les sommes collectées servent à réduire le fardeau fiscal des citoyens et à proposer des mesures d’accompagnement aux personnes qui n’ont pas le choix, par exemple, d’habiter loin de leur lieu de travail. Les montants de la taxe carbone sur les carburants restent cependant assez minimes : 0,04 $ au Québec et environ 0,09 $ en Colombie-Britannique.

La bourse du carbone telle qu’elle est appliquée au Québec donne-t-elle de meilleurs résultats qu’une taxation sur les énergies fossiles?

Très peu d’études internationales permettent de savoir quel système s’avère plus efficace pour réduire les émissions de GES. L’une, publiée l’an dernier, souligne l’avantage des bourses du carbone, car le marché est plus souple. À mon avis, mieux vaut toutefois laisser les provinces choisir le système qu’elles jugent le plus pertinent. Au Québec, la bourse du carbone existe depuis 2013. Ce système d’échange permet aux entreprises qui limitent leurs rejets en dessous d’un certain seuil de vendre des crédits carbone à d’autres organisations moins performantes. Le coût financier de polluer les pousse donc à investir pour réduire leurs émissions de GES. Selon ce système, le gouvernement fixe chaque année un volume d’allocation de carbone maximum que peuvent rejeter les grands émetteurs des principaux secteurs économiques. En 2017, ils se situaient autour de 18 millions de tonnes de GES, soit approximativement le volume émis par les grands émetteurs finaux. Par conséquent, la bourse carbone a peu incité les grands émetteurs à moins polluer. Et ce, d’autant plus, que le prix de la tonne de carbone, autour de 20 dollars, reste trop bas pour pousser l’industrie à prendre des mesures rigoureuses pour moins polluer.

Taxer le carbone ne sert donc à rien pour lutter contre les changements climatiques?

Pas du tout, c’est indispensable! Il faut juste comprendre que ce mécanisme est insuffisant. On doit l’accompagner d’autres mesures. Au Canada, 45% des émissions de GES viennent de la production d’énergie, tandis que cela représente moins de 1% des émissions au Québec, dont l'électricité est essentiellement produite dans des grands barrages hydroélectriques. Lorsqu’on examine notre bilan carbone, on constate qu’une très forte proportion de nos émissions émane des transports, un secteur qui augmente dramatiquement. Que faire alors pour moins polluer? Nous devons investir massivement dans l’électrification des transports, par exemple dans un train à grande vitesse entre Toronto et Québec. L’étalement urbain joue aussi un rôle très important dans la pollution liée au transport. La superficie d’une agglomération comme celle de Québec est très élevée par rapport au nombre d’habitants. Il faudra donc densifier l’habitat, mais aussi planter des arbres à grande échelle pour compenser nos émissions de GES. Même si la captation carbone de la forêt boréale s’avère plus lente qu’en zone tropicale, nous disposons ici d’un territoire avec un immense potentiel forestier: 3,7 habitants au km2 au Canada, contre plus de 100 habitants en Europe ou même plus de 1000 au Bangladesh, menacé par la montée des eaux.

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