Chroniques

Trois questions à Maurice Doyon

Sur un nouvel accord commercial avec l'Asie-Pacifique

Par : Pascale Guéricolas
Pendant que les négociations sur le renouvellement de l'ALÉNA piétinent, le Canada vient de signer un accord commercial de principe avec une dizaine de pays, dont le Japon, l'Australie et le Vietnam. L'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) ouvre aux exportateurs canadiens les portes d'un très grand marché en Asie-Pacifique. Cette entente commerciale succède à un autre projet d'entente, auquel les États-Unis ont renoncé après l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. Le nouvel accord favorise particulièrement les exportations agricoles, selon Maurice Doyon, professeur au Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation.

Quels avantages le secteur agricole canadien pourrait-il tirer de cet accord?


Jusqu'à présent, les exportateurs de fruits de mer, de poissons, de bœuf et de porc payaient d'importants tarifs douaniers pour entrer, notamment, au Japon et au Vietnam. Dans le cas des marchés japonais, il s'agit parfois de tarifs modulables, qui peuvent représenter jusqu'à 50% de la valeur de la marchandise. Selon la fluctuation de la monnaie, ou encore lorsque les importations atteignent un certain seuil, ce pays augmente ses droits de douane pour protéger les marchés locaux. Voir disparaître progressivement cette taxe au fil des ans va donc être très intéressant pour les producteurs canadiens, d'autant plus qu'ils vont bénéficier d'un avantage par rapport à leurs concurrents américains. Ces derniers vont continuer, en effet, à payer des droits de douane. Les ventes de porc vers le Japon représentent un marché très important, soit le double de la valeur des exportations du marché aéronautique vers ce pays. À cela s'ajoutent les exportations de céréales, comme le soya et le blé, sans oublier le bœuf, des productions dans lesquelles les Canadiens sont très compétitifs.

Est-ce que cet accord commercial risque de nuire à certains producteurs canadiens?


Le Canada va ouvrir à ses partenaires une partie de ses marchés d'œufs, de poulets, de dindons et, surtout, de lait, des secteurs actuellement protégés par la gestion de l'offre. Dans le cas du lait, il s'agit aussi bien de lait de consommation que de beurre, de yaourt ou de crème. A priori, cela ne devrait donc pas faire trop mal aux producteurs canadiens. On imagine mal la Nouvelle-Zélande ou l'Australie exporter ce genre de produits de consommation rapide, étant donné les prix élevés du transport. Par contre, ces pays pourraient profiter de l'entente pour nous envoyer davantage de poudre de lait et de fromages de type pâte dure, comme du cheddar. Cette brèche dans la gestion de l'offre s'ajoute à d'autres ouvertures. Lors de la signature de l'accord avec l'Union européenne l'an dernier, les producteurs européens de fromage ont obtenu des quotas d'exportation supplémentaires de 5% vers le Canada. L'arrivée de produits d'Europe va sans doute avoir des répercussions ici, d'autant plus que les États-Unis vont sans doute exiger bientôt du Canada des concessions en matière de gestion de l'offre pour que l'ALÉNA continue. Les producteurs américains aimeraient beaucoup exporter leur lait frais de l'autre côté de la frontière.

De quelle façon le gouvernement canadien va-t-il compenser les producteurs canadiens pour ces pertes potentielles?


Lorsque Stephen Harper a négocié le précédent accord transpacifique, le gouvernement prévoyait verser environ 4 milliards de dollars sur 15 ans au secteur laitier. Depuis, les États-Unis se sont retirés de cette entente, qui est restée lettre morte. Aujourd'hui, le gouvernement canadien vient de signer un accord de principe sur une nouvelle mouture de ce traité, mais personne ne sait s'il va venir en aide aux producteurs. Il est peut-être trop tôt pour annoncer des chiffres, d'autant plus qu'on ne connaît pas encore l'issue des négociations sur l'ALÉNA et ses conséquences sur l'agriculture. Heureusement, les marchés des produits laitiers, de la volaille et des œufs sont en croissance actuellement au Canada. Il faut bien comprendre que la gestion de l'offre évolue constamment. À titre d'exemple, les producteurs canadiens peuvent désormais vendre certains ingrédients laitiers aux transformateurs d'ici pour fabriquer, notamment, des yaourts et du fromage. Jusqu'à récemment, ils achetaient du lait diafiltré aux Américains. Même si le prix à l'hectolitre a diminué pour les agriculteurs, cette nouvelle disposition leur a permis d'accroître leurs ventes. En effet, l'augmentation constante de la productivité des vaches depuis plusieurs années amène un surplus de lait.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!