Chroniques

Trois questions à Maurice Doyon

Sur la commercialisation du sirop d'érable

Par : Pascale Guéricolas
Alors que la saison des sucres bat son plein, la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) et le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) ne s'entendent pas sur l'avenir de cette industrie considérée comme un fleuron de l'agroalimentaire québécois. Commandé par le MAPAQ, le rapport Gagné recommande principalement de cesser le contingentement et la mise en marché collective dans l'industrie du sirop d'érable; autrement dit, il suggère de mettre fin au monopole de la FPAQ et d'ouvrir davantage l'industrie au libre marché. Voici l'opinion de Maurice Doyon, professeur au Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation.


Comment expliquer que le rapport Gagné parle d'une baisse de 10% du marché mondial du sirop québécois, alors que la FPAQ évoque plutôt une augmentation des exportations?


Les deux parties ont raison concernant l'évolution des ventes de sirop d'érable. Le rapport Gagné se base sur l'année où le Québec détenait, en pourcentage, la part de marché mondiale la plus importante, mais on a ensuite constaté une baisse de 10%. Or, le Québec a pourtant conservé, au cours des dix dernières années, environ 70 à 75% de ses parts de marché. Il faut donc faire attention aux pourcentages. Par exemple, si vous achetez un fonds commun de placement, les conseillers financiers auront tendance à vous le vendre en mettant l'accent sur la période de l'année qui présente un meilleur rendement, plutôt que de parler du rendement des mois suivants. Une chose est sûre, le marché québécois du sirop d'érable a crû énormément depuis l'instauration de la mise en marché collective. La consommation de sirop a, notamment, augmenté de 15% par an alors que le dollar canadien était à quasi-parité avec le dollar américain. Il s'agit d'ailleurs du seul produit sucrant dont les ventes augmentent, contrairement au miel et au sucre.


Certains producteurs, qui appuient le rapport Gagné – et qui souhaitent donc la fin de la mise en marché collective –, se plaignent des retards de paiement de leurs clients et soutiennent que les quotas de production imposés freinent la production. Qu'en pensez-vous?


Avant la mise en marché collective, mon père devait parfois attendre deux ou trois ans avant de se faire payer par ses clients qui, en plus, lui facturaient des frais d'entreposage annuels pour son sirop. Très peu de producteurs à cette époque gagnaient leur vie avec les produits de l'érable, car le marché fluctuait énormément. Le prix de la livre pouvait passer facilement de 1,50$ à 0,65$. La situation a changé, car depuis la mise en place de la mise en marché collective, les producteurs se sont organisés et ont développé les marchés en se regroupant. Aujourd'hui, autour de 90% du sirop est payé immédiatement, ce qui constitue une nette amélioration par rapport au passé.


Certains préconisent une collaboration avec des producteurs américains pour la commercialisation du sirop d'érable, notamment sur les marchés asiatiques comme l'Inde. Qu'en pensez-vous?


Je crois qu'on doit penser à collaborer avec le Nouveau-Brunswick avant de songer aux États-Unis. Chose certaine, il faut d'abord régler un épineux problème: celui de la «réserve stratégique mondiale de sirop d'érable» (c'est-à-dire la réserve mise en place par la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, en 2002, dont le rôle est de pallier les effets importants que la fluctuation annuelle de la production pourrait avoir, à la baisse ou à la hausse, sur les prix du sirop d'érable, NDLR). Tous les producteurs à travers le monde bénéficient de ce mécanisme soutenu uniquement par le Québec. Pourquoi la production américaine a-t-elle augmenté ces dernières années? Essentiellement parce que les prix sont bons, grâce à la réserve mondiale. Tous doivent donc financièrement participer à cet effort. Je pense que, à l'avenir, les producteurs auront tout intérêt à se rapprocher des transformateurs, soit ceux qui achètent de grandes quantités de sirop d'érable. Déjà, la coopérative Citadelle, qui a créé beaucoup de produits de l'érable, mène des études avec les producteurs pour conquérir les marchés étrangers.

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