Chroniques

Trois questions à Marie-Hélène Gagnon

Sur la crise financière grecque

Par : Pascale Guéricolas
Le sort financier de la Grèce dépend plus que jamais de ses créanciers, qui ont refusé, le 22 mai, de lui accorder une aide financière. Le pays a pourtant absolument besoin de cette somme pour honorer une partie du paiement de sa dette en juillet. Le 15 juin, les ministres de la zone euro se réuniront à nouveau pour discuter des fonds à allouer à la Grèce, dont la dette s'élève à 180% de son produit national brut (PNB). La chercheuse en finances internationales et professeure au Département de finance, assurance et immobilier Marie-Hélène Gagnon analyse les dessous de cette négociation d'envergure.

Pourquoi les créanciers européens, en particulier l'Allemagne, hésitent-ils à verser une nouvelle aide financière à la Grèce?


Les questions politiques jouent un grand rôle dans ces négociations. La chancelière allemande, Angela Merkel, n'a pas envie de défendre l'aide financière à la Grèce alors qu'elle mène actuellement une campagne électorale. Elle craint les répercussions de cette décision sur une partie de l'électorat qui s'oppose à ce qu'on finance encore les Grecs. De son côté, la Grèce soutient qu'elle a fait ce que demandaient ses créanciers. Le gouvernement a rehaussé le plafond de la base imposable des particuliers et il a coupé dans les régimes de retraite. Les marchés de la zone euro ont d'ailleurs bien réagi à ces mesures prises cet hiver.  Certaines nouvelles économiques semblent également encourageantes. Selon l'agence de presse Reuters, le surplus du PNB atteint maintenant 4% avant le service de la dette, alors qu'il a longtemps été négatif. À court terme, la situation semble donc s'améliorer. Par contre, une partie des banques allemandes et le Fonds monétaire international (FMI) se demandent ce qui va se passer à long terme. Que va faire la Grèce en 2018 quand le plan d'aide internationale se terminera, d'autant plus que le pays doit renégocier la dette existante?

Dans ces conditions, la Grèce aurait-elle intérêt à sortir de la zone euro?


Ce n'est pas une bonne solution, ni pour les Grecs ni pour les pays européens. Un Grexit ne changerait pas le montant de la dette. Actuellement, le pays dispose d'un taux d'emprunt très bas, 6% sur 10 ans, un chiffre similaire à celui en vigueur avant la crise financière de 2008-2009. En restant dans la zone euro, la Grèce bénéficie donc de conditions d'emprunt très avantageuses. Si le pays revenait à sa monnaie locale, le drachme, il ne pourrait pas trouver du capital dans cette devise. Il serait obligé de se tourner vers le marché international, ce qui augmenterait considérablement le coût d'emprunt. Selon moi, la Grèce et ses créanciers vont devoir mettre de l'eau dans leur vin pour trouver une entente. Des groupes au sein du FMI mènent une campagne officieuse pour pousser l'Allemagne à effacer une partie de sa dette. Si les créanciers acceptaient de récupérer seulement 75% de leurs prêts, cela leur permettrait ne pas faire traîner le problème pendant des années. De plus, l'endettement actuel de la Grèce semble insoutenable à long terme. Les investisseurs privés étrangers évitent ce pays. Autrement dit, plus d'argent sort de ce pays qu'il n'en entre actuellement.

Comment expliquer que la situation financière de la Grèce reste aussi difficile malgré les réformes draconiennes menées par le gouvernement?


Le gouvernement a beau prendre de nouvelles mesures pour augmenter l'impôt, cela ne donne pas forcément plus d'argent dans ses coffres. En effet, une partie de la population ne paie pas ses impôts, en particulier dans les classes supérieures. Selon les estimations, environ 25% du PNB du pays relèverait de l'économie grise en 2009, comparativement à moins de 12% en Allemagne. Cela signifie qu'un quart de l'activité économique du pays reste cachée, à l'abri des taxes. Certains rapports secrets du FMI déplorent d'ailleurs le manque de données économiques fiables en provenance de la Grèce. Il faut donc se contenter de projections pour évaluer la situation à court terme. Une chose est sûre, une partie de la population vit des jours difficiles depuis huit ans puisque le taux de chômage tourne autour de 20%. Cependant, quoique la Grèce comme membre de l'Union européenne ne puisse contrôler sa politique monétaire, son inflation reste, heureusement, assez modérée. Si les Grecs adoptaient à nouveau le drachme, cela aggraverait leur situation, car la balance commerciale du pays reste structurellement déficitaire. En d'autres mots, ils importent davantage de marchandises qu'ils en exportent.

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