Chroniques

Trois questions à Maria De Koninck

Sur la position du pape Benoît XVI concernant la lutte au sida

Par : Renée Larochelle
«On ne peut pas combattre le sida avec la distribution de préservatifs. Au contraire, cela aggrave le problème». Prononcée par Benoît XVI dans l’avion qui le menait en Afrique, cette phrase a été reprise par les médias du monde entier. Voici les commentaires de Maria De Koninck, professeure au Département de médecine sociale et préventive et chercheuse ayant participé à plusieurs projets d’appui à la lutte contre le sida en Afrique et à la santé des femmes dans les pays en développement.  

Que pensez-vous de la déclaration du pape concernant le port du préservatif?

Je la trouve malheureuse, tragique et totalement déconnectée de la réalité. Dans le contexte actuel de l’épidémie, elle est d’une certaine façon irresponsable, dans la mesure où elle peut provoquer une aggravation dans les milieux les plus démunis. Une personne en position d’autorité morale comme le pape a une responsabilité envers les populations et ne peut se permettre de faire des affirmations qui vont à l’encontre des connaissances scientifiques en matière de santé. Le risque est qu’il nuise aux efforts déployés pour soutenir les populations les plus menacées afin d’éviter la propagation de la maladie. Le lieu où le pape a effectué cette déclaration n’est pas sans conséquence non plus. En effet, il l’a faite en se dirigeant vers l’Afrique subsaharienne, là où ONUSIDA nous rappelle que le sida est la principale cause de mortalité. Pendant que de multiples organisations internationales et communautaires travaillent en concertation pour promouvoir l’utilisation du préservatif, le pape en condamne l’utilisation, faisant fi des connaissances biomédicales et sociales. Car il s’agit non seulement ici de l’efficacité du préservatif dans la prévention du VIH, mais aussi des rapports sociaux et particulièrement des rapports entre les hommes et les femmes qui font en sorte que l’abstinence comme mode de prévention ne colle pas dans la réalité quotidienne des populations les plus menacées. 

Croyez-vous que les Africains sauront faire la part des choses par rapport à la position du pape?

Les Africains ne sont pas en majorité catholiques et même ceux qui se disent catholiques ont souvent des pratiques adaptées. Alors, il ne faut pas penser que tous les Africains vont se conformer aux règles de l’Église. Cela dit, les propos du pape n’en sont pas moins lourds de conséquences, car ils ne tiennent aucunement compte des relations entre les hommes et les femmes en Afrique, là où les rapports sexuels constituent le premier mode de transmission du VIH. Premièrement, quand il parle d’abstinence, il parle d’un comportement qui, dans l’hypothèse où il serait souhaité, serait impossible à adopter pour beaucoup d’Africaines. Souvent en effet, les femmes n’ont pas le pouvoir de refuser les relations sexuelles, que ce soit dans le mariage ou à l’extérieur de celui-ci. Deuxièmement, le pape se place encore une fois du côté du pouvoir, celui des hommes, tout en taisant les responsabilités qu’ont ces mêmes hommes d’avoir des relations protégées avec leurs épouses ou leurs partenaires. En affirmant que le préservatif représente une menace plutôt qu’une protection, le pape contribue à diminuer les possibilités qu’ont ces femmes de ne pas être infectées par le virus du sida lorsqu’elles ne peuvent éviter ou refuser des rapports sexuels à risques. C’est la réalité et on ne pourra pas me faire croire que les connaissances sur les dynamiques sociales entre les sexes sont hors de la portée du pape.

Quelle sera la suite des choses après cette déclaration?
Beaucoup de gens retiendront essentiellement le message que l’utilisation du préservatif aggrave la propagation du VIH. La position du pape peut être qualifiée d’obscurantiste, car elle ne tient aucunement compte de ce qu’on sait. Cela risque de détruire des années de travail axées sur la prévention de la maladie. Tristement, par les principes qu’il met de l’avant, le pape ignore la situation des plus démunis. Sa position n’est pas cohérente avec les valeurs de vie, de justice et d’équité dont se réclame l’Église.

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