Chroniques

Trois questions à Louis Massicotte

Sur les résultats électoraux en Alberta

Par : Pascale Guéricolas
La victoire du Parti progressiste-conservateur en Alberta, dirigé par Alison Redford, a pris tout le monde par surprise lundi puisque les 22 derniers sondages donnaient le Parti Wildrose gagnant. Les électeurs ont plutôt choisi de reconduire au pouvoir le parti qui dirige la province de l’Ouest depuis 41 ans. Un résultat qui illustre la diversité politique de l’Alberta, selon Louis Massicotte, professeur de science politique à l’Université Laval.

L’élection d’une candidate conservatrice qui promet des investissements en santé et en éducation augure-t-elle un rapprochement des politiques plus progressistes de l’Est du Canada?

Alison Redford est certainement la plus progressiste des chefs conservateurs depuis longtemps, c’est une Red Tory – de l’école de Joe Clark plus que de celle de Stephen Harper ou de Preston Manning. Cette dirigeante, qui ne correspond pas aux stéréotypes habituels sur les conservateurs albertains, doit d’ailleurs en partie sa victoire au vote stratégique des libéraux qui ont préféré son parti à leur propre formation, et elle devra en tenir compte à l’avenir.

Dans son discours de victoire, Alison Redford a dit que l’Alberta avait choisi de bâtir des ponts plutôt que d’ériger des clôtures. C’est une allusion à la fameuse lettre sur le coupe-feu, cosignée par Stephen Harper en 2001 dans la foulée de la défaite de l’Alliance canadienne de Stockwell Day aux élections fédérales. Les ultraconservateurs de l’École de Calgary, dont Tom Flanagan, disaient alors qu’il n’y avait rien à attendre du reste du Canada et qu’il fallait bâtir une Alberta qui percevrait ses propres impôts, se doterait de son régime de pension. Un discours dont on trouvait des relents dans le programme du Wildrose. Lorsque Alison Redford déclare ne pas s’intéresser seulement à ce qui se passe en Alberta, ou indique qu’elle a conscience que les actions de la province ont des conséquences pour le reste du pays, ce sont des propos assez inhabituels pour un chef de gouvernement albertain.

L’accession du Wildrose Party, dirigé par Danielle Smith, au rang d’opposition officielle représente-t-elle une menace au principe de la péréquation?

Je ne pense pas, car la chef du Parti progressiste-conservateur est beaucoup plus responsable que ça. De plus, ce n’est pas le gouvernement albertain qui décide de la péréquation. Les contribuables de l’Alberta envoient leurs impôts à Ottawa, et une partie de ces impôts-là, par décision exclusive du gouvernement fédéral, sert à la péréquation. Ultimement, c’est Ottawa qui décide, même si l’on sait depuis longtemps qu’en Alberta on a des réticences à ce sujet.

On l’a peu souligné lors du 30e anniversaire de la Loi constitutionnelle de 1982, mais il faut savoir que le principe de la péréquation est enchâssé dans la constitution. On peut toujours en réduire les montants, mais on ne peut pas les abolir comme on l’a fait aux États-Unis par exemple. Cela serait donc difficile de revenir là-dessus, et tout le monde à Ottawa est très conscient des effets dévastateurs que cela aurait sur l’unité canadienne. 

La proximité de la dirigeante du Wildrose Party avec les idéologues du Parti fédéral conservateur va-t-elle avoir des répercussions à Ottawa?

Personne ne le sait pour l’instant. Il y a eu un certain amateurisme dans la campagne de Danielle Smith, qui a été particulièrement évident durant la dernière semaine avec le candidat qui s’est déclaré meilleur parce que Caucasien, ou le pasteur qui imaginait les gais et les lesbiennes brûler dans un lac en feu. Il est donc possible que le Wildrose Party s’effrite, car il ne semble pas avoir des assises très solides. Néanmoins, peut-être aura-t-il le pouvoir à une élection subséquente. Pour le moment, les paris sont ouverts. Cependant, si j’étais Stephen Harper, je prendrais conscience qu’il vaut mieux être prudent avant d’aller vers le conservatisme le plus extrême. Non seulement le pays ne reflète pas cette tendance, mais même l’Alberta n’y adhère pas!

Le scrutin de lundi révèle une province à plusieurs microclimats politiques. Le Wildrose n’a pas percé au-delà de l’Alberta rurale du sud; il a eu très peu de sièges dans les villes. L’Alberta est compliquée: il y a beaucoup de gens qui arrivent d’ailleurs, notamment de l’Est du pays, et qui apportent leurs comportements politiques. En plus, c’est une élection qui a fait mentir les sondages, comme lors des victoires de John Major en Angleterre en 1992 et celle de Harry Truman aux États-Unis en 1948.

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