Chroniques

Trois questions à Jonathan Paquin

Sur l'an 1 de la présidence Obama

Un an après l’arrivée de Barack Obama à la présidence des États-Unis, quel bilan peut-on tirer de sa première année de mandat alors que les démocrates viennent de perdre un siège de sénateur dans le Massachusetts, le bastion des Kennedy depuis des décennies? Au lendemain du premier Discours sur l’État de l’Union du nouveau président, Jonathan Paquin, professeur au Département de science politique, considère que les médias ont peut-être tendance à juger Barack Obama avec trop de sévérité.

Q  La victoire du républicain Scott Brown dans le Massachusetts, un an jour pour jour après l’assermentation de Barack Obama, risque-t-elle de porter un coup dur à la réforme du système de santé?

R  Le parti démocrate a perdu sa majorité au Sénat, ce qui peut être vu comme une défaite. Pourtant, même si cet enjeu de la réforme est très partisan, les démocrates peuvent se rapprocher des républicains plus modérés pour que le projet soit adopté, car il n’y pas de discipline de parti au Sénat. L’affiliation des sénateurs est secondaire. Il ne faut pas perdre de vue que la politique, c’est l’art du compromis et qu’Obama y excelle. Est-ce que les Américains ont voulu envoyer un message au président en lui disant qu’ils rejetaient sa réforme de la santé et qu’il n’a pas fait suffisamment d’efforts pour l’emploi? Ce sont des thèmes récurrents, pas plus vrais maintenant qu’il y six mois. Les Américains veulent toujours que l’économie roule bien, d’autant plus que le taux de chômage s’élève à 10 %. Bien sûr, ils s’impatientent, mais il y a des limites à ce que Washington peut faire pour créer des emplois. Je crois qu’Obama a bien agi en essayant de passer sa réforme dès les premières semaines de son mandat, car il avait la majorité au Congrès avant les élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre 2010.

Q  Obama est-il encore soutenu par la vague de popularité qui l’a porté à la Maison-Blanche?

R  Le problème de la réforme de la santé, c’est que cela divise les Américains, tant entre républicains et démocrates qu’entre les démocrates eux-mêmes. L’aile plus libérale est déçue, car elle voulait un système universel. Par la force des choses, Obama fait des mécontents, mais il a au moins le mérite d’essayer. Il s’est rendu plus loin avec son projet de réforme que tous les présidents qui l’ont précédé, qu’il s’agisse de Roosevelt, de Johnson ou, plus récemment, de Clinton. Obama est en train de réaliser quelque chose de perçu comme encore impensable il y a seulement quelques années. Ce n’est pas du court terme, c’est du moyen terme. Or, les analystes politiques jugent Obama sur une période de douze mois, alors que ses objectifs politiques ont été définis sur quatre ans. Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives.

Q  Vue comme un changement par rapport à la politique étrangère agressive de George W. Bush, l’élection de Barack Obama a suscité beaucoup d’espoir dans le monde. Pourtant, le président a renforcé les troupes en Afghanistan. Cela semble contradictoire…

R  Pas du tout. En prenant le contrôle de l’exécutif le 20 janvier, il a hérité de deux guerres, celle en Irak et celle en Afghanistan. Lorsque Barack Obama a pris connaissances des informations de la CIA et du département de la Défense à Washington sur les menaces réelles de cellules terroristes liées à Al-Qaïda en Afghanistan et au Pakistan qui cherchent à frapper aux États-Unis, il aurait écarquillé les yeux. Il était complètement sous le choc. Il a donc choisi de poursuivre cette guerre, mais en adoptant des objectifs beaucoup plus réalistes que son prédécesseur. Obama met d’abord l’accent sur la lutte contre les talibans et les cellules d’Al-Qaïda. Il n’a plus pour mission d’établir une démocratie à l’occidentale à Kaboul, même s’il préfère le gouvernement d’Hamid Karzaï à un gouvernement autoritaire. Considérant les défis qui attendaient Obama il y a un an, je trouve qu’il ne s’en est pas si mal tiré. Il faut se rappeler que le président des États-Unis a deux rôles, l’un sur son territoire et l’autre comme chef du monde. Il doit donc partager son temps alors qu’il a hérité de deux guerres très importantes et d’une crise économique qui a débuté sous George W. Bush, à cause notamment des idées de ses proches qui ont laissé faire l’économie. Obama a aussi fait quelques bons coups. Son rapprochement avec la Russie à l’été 2009 en renvoyant aux calendes grecques le projet antimissile en Europe est significatif, car ce projet était perçu comme une menace par Moscou. Cela a eu un effet très positif dans les dossiers de l’Afghanistan et de l’Iran. Son rapprochement avec le monde musulman à l’occasion du discours du Caire en juin 2009 a beaucoup compté aussi. Obama a beaucoup de mérite.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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