Chroniques

Trois questions à Jean-Thomas Bernard

Sur l'avenir du développement énergétique du Québec

Le développement énergétique du Québec, qu’il s’agisse du pétrole, du gaz, du secteur éolien, suscite beaucoup de contestations. Un groupe de 70 personnalités, «Maîtres chez nous», réclame une meilleure distribution collective de ces ressources naturelles. Le regard de Jean-Thomas Bernard, directeur du Groupe de recherche en économie de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles.

Q  Le projet de port méthanier Rabaska est-il définitivement mort et enterré?

R   Pour les dix ou quinze prochaines années, il n’y aura pas d’intérêt pour des terminaux méthaniers en Amérique du Nord car il n’y a plus de raison d’importer du gaz d’ailleurs. Quatre ports méthanier ont été construits  sur le continent américain après la crise pétrolière de 1972-1973 pour sécuriser les approvisionnements, mais ils ont très peu servi. Au début des années 2000, le prix a augmenté car les réserves de gaz naturel s’épuisaient aux États-Unis, qui l’utilisent notamment dans 20 % de leurs centrales électriques. Ici, au Canada, le traitement des sables bitumineux nécessite beaucoup de gaz pour produire de la chaleur. L’introduction d’une nouvelle technologie pour exploiter les gaz de schiste a tout changé. Finalement, le port méthanier de Gros-Cacouna ne sera pas construit, car il n’y a plus de raison d’importer du gaz d’ailleurs. En janvier 2009, le prix du baril de pétrole a chuté à 35$ avec la récession, et le gaz est passé de 8 $ à 6 $ le millier de p3, mais depuis il ne vaut que 3 $ à 4$, alors que le prix du pétrole a triplé. Pourquoi? À cause du gaz de schiste qui représente désormais 14 % de la production américaine. Rabaska ,c’est mort!

Q  Certains groupes au Québec réclament une réappropriation collective des ressources naturelles. Qu’en pensez-vous?

R   Il est trop tard, les jeux sont faits, à moins d’être reconnus comme une république de bananes... Le gouvernement du Québec, propriétaire du sous-sol, a déjà donné accès à ces territoires il y a 7 ou 8 ans en octroyant des droits d’exploration au premier arrivé, premier servi. On ne peut pas reprendre le terrain octroyé aux propriétaires  sans compensations.  Lorsqu’on a nationalisé  l’électricité en 1962, Hydro-Québec a racheté les autres. Par contre, on peut critiquer la formule de redevances en usage.  En Colombie-Britannique et en Alberta, où il y a des enchères, le prix vendu représente celui du marché.  Ici le prix est très bas, jusqu’à l’entrée en production. La redevance  de 10 à 12%, qui s’applique sur le revenu brut, est une formule très imparfaite. En effet, la véritable valeur de ce gaz est la différence entre le revenu et le coût. La formule actuelle s’applique plutôt sur la valeur brute.  Si des sites sont très bons, et donc l’écart entre le prix et le coût est élevé, le gouvernement ne tire pas plus de revenus. Et des sites moins bons, mais potentiellement rentables pour les producteurs et le gouvernement, ne seront pas développés. En fait, il faudrait revenir à une formule qui s’apparente à celle des mines, fondée sur la valeur du dépôt, le revenu moins le coût. De toute façon, aucun gouvernement n’a jamais été cherché leur vraie valeur de nos ressources naturelles.

Q  En 2006, le gouvernement du Québec lançait une politique énergétique pour les neuf prochaines années. À mi-parcours, quel bilan en faîtes-vous?

R  L’accent a été mis sur les énergies renouvelables, mais le gouvernement n’a pas compris que le développement des ressources hydro-électriques coûtait de plus en plus cher.  Lors de l’analyse de l’aménagement de la rivière La Romaine devant le BAPE, Hydro-Québec parlait d’un prix unitaire de 9,2 cents le KWH, contre 10 cents selon le gouvernement.  Hydro a revu ses méthodes de calcul depuis et parle maintenant d’un coût de 6,4 cent, et dit que c’est rentable. Or, on vient de signer un contrat de vente d’électricité avec le Vermont à 5,8 cents. Donc La Romaine ne serait pas rentable. Le prix à l’exportation  a chuté car les Américains vont produire leur propre électricité à partir du gaz de schiste. Le gouvernement n’a toujours pas corrigé ses prévisions selon ce nouveau fait, alors que la demande intérieure est moins forte avec la fermeture de papetières.  Du côté de l’éolien, on n’a pas une spécificité aussi importante  que pour l’hydro-électricité. Il n’y a donc pas de raisons pour le Québec de développer ce secteur davantage.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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