Chroniques

Trois questions à Jean-Marie De Koninck

Sur le nouveau projet de loi en sécurité routière

Le projet de loi que vient de déposer la ministre des Transports Julie Boulet reprend plusieurs des recommandations formulées par la Table québécoise de la sécurité routière en juillet dernier. Parmi les mesures présentées aux parlementaires, il y a l’installation de radars photographiques et de caméras de surveillance aux feux rouges dans trois régions pendant 18 mois, l’interdiction du cellulaire au volant, et la baisse de la limite d’alcoolémie de 0,08 à 0,05. Jean-Marie De Koninck, professeur au Département de mathématiques et de statistique et  président de la Table de la sécurité routière, commente.

Q Les mesures annoncées par la ministre des Transports vont-elles faire une différence sur la route?
R Absolument. L’idée, c’est de se mettre au diapason des pays civilisés qui ont un meilleur bilan routier que le nôtre. Cela ralentit la circulation, car si l’on sait qu’on est surveillé, on conduit plus prudemment. Au Québec, nous pouvons profiter des expériences qui ont eu lieu ailleurs, puisque le radar photographique existe déjà dans 70 pays. En France, les radars photographiques existent depuis 2002, et le nombre de morts sur la route a diminué de 43 %. Il est important de les implanter avec un bon programme de communication, dans un endroit à risque, et de les annoncer d’avance avec des pancartes. Les projets pilotes pourraient être réalisés sur l’autoroute Robert-Bourassa où il y a beaucoup d’accidents, ou sur la Métropolitaine à Montréal. Il faut aussi se montrer transparent dans l’utilisation des fonds en les réinvestissant en sécurité routière, comme dans les campagnes de prévention ou les passages pour piétons. Les sondages montrent que les Québécois se montrent plus favorables qu’il y a dix ans à l’implantation des radars.

Q La ministre a également annoncé une baisse de la tolérance du taux d’alcoolémie de 0,08 à 0,05. Quel pourrait être l’impact de cette nouvelle norme?
R Toutes les provinces canadiennes se basent sur 0,05, ainsi que plusieurs pays, comme la France. Au Québec, la loi n’est pas changée. Ce n’est donc pas une offense criminelle d’être entre 0,05 et 0,08 mais une mesure administrative, puisque le conducteur perd son permis de conduire pour 24 heures. C’est un rappel pour faire comprendre aux gens que le risque d’accident est multiplié par quatre. Déjà, à 0,2, le cerveau commence à être affecté, les réflexes et la vision diminuent. On ne demande pas aux gens de ne pas boire, mais de ne pas utiliser la voie publique s’ils ont pris un verre. Des bars et des restaurants offrent désormais des services de raccompagnement, d’autres initiatives vont dans doute suivre.

Q Les différentes mesures annoncées sont-elles suffisantes?
R On pourrait aller encore plus loin. Déjà, les discussions autour de la sécurité routière dans les médias ces derniers mois, les campagnes de la SAAQ et les travaux de la Table ont permis d’améliorer le bilan routier, puisqu’on comptait 83 morts de moins jusqu’au 31 août 2007 par rapport à la même période en 2006. On pourrait aussi penser à rendre obligatoires les pneus d’hiver, à baisser les limites de vitesse en milieu urbain, à améliorer le contenu des cours de conduite. Il faut aussi mettre au défi les jeunes. Ils s’impliquent beaucoup en environnement, mais ils pourraient le faire aussi en sécurité routière. Un signe encourageant: les 16-24 ans sont les plus grands utilisateurs du chauffeur désigné, ce qui montre un certain changement de mentalité. Il faut aller encore plus loin. Quarante-quatre pour cent des contraventions de grands excès de vitesse et de conduite dangereuse concernent ce groupe d’âge, qui représente pourtant seulement 10 % des détenteurs de permis de conduire. C’est clair qu’ils sont très téméraires. Je lance la balle aux associations étudiantes pour que leurs membres se mobilisent et fassent mentir les statistiques.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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