Chroniques

Trois questions à Gary Kobinger

Sur l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo

Depuis le 1er août, le virus d'Ebola a déjà tué 139 personnes en République démocratique du Congo (RDC). Le comité d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ne considère pas cependant cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale. L'OMS reconnaît toutefois que la flambée de cas dans la région de Béni, une zone de conflit actif, nuit aux équipes médicales. Elle appelle donc à une meilleure collaboration. Gary Kobinger, le directeur du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval, a mis au point le vaccin contre le virus Ebola avec son équipe et Santé Canada. Il donne son avis sur la position de l'OMS.

Quel impact aura une telle déclaration de l'OMS sur le terrain?


En recommandant d'intensifier les activités de riposte, le comité mobilise les ressources disponibles sur le terrain. Même si l'OMS n'a pas d'argent à distribuer, ce type de déclaration incite les donneurs comme la Banque mondiale à contribuer davantage à la lutte contre l'épidémie. Jusqu'à présent, la partie vaccination se déroule très bien. Environ 20 000 doses ont été administrées, ce qui représente 100 personnes vaccinées pour chaque malade infecté, en plus du personnel de la santé. La proportion est beaucoup plus élevée que dans les autres épidémies. Généralement, on vaccine 30 personnes parmi les contacts des malades. Dans le cas d'Ebola, les contacts des contacts reçoivent aussi une vaccination. Il y a donc un bon cercle de protection autour de chaque cas. Par contre, il semble que les partenaires sur le terrain ne travaillent pas assez en équipe. Certains organismes prennent en charge trop de tâches, tandis que d'autres sont sous-exploités. Cela nuit à l'efficacité des communications avec les communautés, de même qu'au suivi des contacts des malades. On sait que lorsque les organisations suivent moins de la moitié des personnes qui ont rencontré des gens infectés, cela provoque une flambée de nouveaux cas. J'ai l'impression que l'avis du comité d'urgence va permettre de renforcer le travail d'équipe.

Est-ce que la campagne de vaccination actuelle prouve l'efficacité du vaccin que vous avez mis au point avec votre équipe et l'Agence de la santé publique du Canada?


Il va falloir attendre la fin de l'épidémie et les chiffres précis pour faire la démonstration scientifique de l'efficacité du vaccin. On doit savoir dans quelle région des personnes ont été vaccinées, à quel moment et comment le virus s'est propagé exactement. Jusqu'à présent, plusieurs indications laissent à penser que la vaccination est bénéfique. Beaucoup de régions sont couvertes à 90% et plus, mais il en reste une dont la couverture vaccinale stagne autour de moins de 40%. Il s'agit de Béni, dans le nord-est de la RDC, où des groupes armés font régner la violence. Les gens ont peur de se déplacer pour aller se faire vacciner. C'est justement là que de nouveaux cas apparaissent, associés à des chaînes de transmission non répertoriées. Cela montre indirectement qu'on peut être optimiste sur l'efficacité du vaccin, même si cela n'a rien d'une preuve scientifique. L'objectif de 90% de couverture vaccinale semble un maximum. La population se compose de bébés naissants, qu'on ne peut pas vacciner, de même que de personnes âgées mourantes.

La méfiance d'une partie de la population envers le gouvernement en RDC a-t-elle des répercussions sur le contact avec les équipes médicales?


Oui, certainement. Plusieurs personnes ne viennent pas au centre de traitement lorsqu'ils sont malades. Par conséquent, ils meurent à la maison et contaminent leurs proches. Les gens en contact avec ces malades ne veulent pas se faire vacciner non plus et ils sont victimes du virus plus tard. D'autres ne préviennent pas les centres médicaux quand leur voisin ou un membre de la famille tombe malade. Il s'agit souvent de communautés laissées à elles-mêmes. Elles se font attaquer fréquemment par des groupes armés ou même par l'armée. Certaines rumeurs laissent d'ailleurs entendre que c'est le gouvernement qui a répandu le virus; les gens n'ont donc aucune confiance dans les autorités. En ce qui a trait aux statistiques, une maladie comme l'Ebola semble avoir un bien moindre impact en santé publique que les épidémies de VIH ou de malaria. Par contre, elle a de graves conséquences sur la vie des populations. Un cas seulement peut mettre un frein au commerce d'un village ou d'un quartier. Brusquement, ces habitants deviennent des pestiférés et personne ne veut plus acheter leurs marchandises. L'effet sur l'économie est tout aussi dévastateur lorsqu'un cas se déclare dans une ville de 40 000 ou 50 000 habitants.

Gary-Kobinger-credit-Louise-LeblancGary Kobinger est directeur du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval.
Photo : Louise Leblanc

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