Chroniques

Trois questions à François Anctil

Sur les leçons à tirer des inondations qui ont dévasté la Montérégie

La crue printanière spectaculaire de certaines rivières comme l’Assiniboine au Manitoba ou la Richelieu en Montérégie a provoqué des inondations et l’évacuation de nombreux riverains. Face à ces désastres naturels, certains experts préconisent une approche préventive. C’est le cas de François Anctil, professeur au Département de génie civil et de génie des eaux et membre de la Chaire de recherche EDS en prévisions et actions hydriques.

Q Comment expliquer les spectaculaires inondations de ce printemps dans la vallée du Richelieu?

R  Il existe cette année une combinaison d’éléments favorable à des crues de plus en plus fortes. D’abord, il a beaucoup plu dans les dernières semaines. On parle de 200 mm en 15 jours, ce qui est beaucoup d’eau, car il tombe en moyenne 1 500 mm dans une année généralement. En plus, cela coïncide avec la période de la fonte des neiges. Déjà, les sols sont saturés et, dans ces cas-là, l’eau arrive plus rapidement à la rivière. La terre ne peut plus servir d’éponge, car elle est déjà pleine. Tous les printemps, on vit ce même phénomène, mais cette année, c’est une question de synchronisme, de concours de circonstances. Si le printemps avait été hâtif et que la pluie était arrivée plus tard, on n’en aurait pas parlé. On a mentionné que ce phénomène s’était produit il y a 150 ans pour la rivière Richelieu. Cela ne veut pas dire pour autant que la même chose ne pourrait pas se produire dans quelques années.

Q Peut-on prendre des moyens pour prévenir de telles inondations?

R  La chose à faire la plus évidente, mais qui malheureusement n’est pas suivie, c’est d’éviter de construire dans des zones inondables. Manifestement, ce n’est pas le cas pour la Richelieu, ce qui crée des problèmes sociaux: il faut dédommager les résidents, sans parler des coûts associés à la sécurité civile. Pour le développement du territoire, on s’appuie sur une période de 20 ans sans inondation. Cela devient donc une question de gestion de risque que la société prend avec les gens qui s’installent plus ou moins près d’une rivière. Le risque zéro d’inondation n’existe pas, sauf au sommet d’une montagne. Par ailleurs, il faudrait que le Québec se dote en priorité d’un système d’alerte de crue comme il en existe ailleurs dans le monde. Un tel système permet de prévoir les risques de crue importante plusieurs jours à l’avance, en se basant sur les prévisions météo et des systèmes automatiques de mesure des débits. On peut alors prévenir la population et commencer des travaux, ce qui facilite la préparation. De tels outils hydrologiques prévisionnels existent seulement actuellement pour la gestion des barrages, mais pas ailleurs sur le territoire. Pourtant, cela permettrait à la sécurité civile d’agir plus rapidement et de mieux anticiper les événements.

Q  Certains associent les inondations actuelles au phénomène des changements climatiques. Qu’en pensez-vous?

R  Non, je ne crois pas. Le climat varie beaucoup. Ces événements-là survenaient bien avant qu’on parle des changements climatiques. On s’attend effectivement à une augmentation des événements climatiques violents, mais c’est très difficile de dire quelle proportion des 200 mm de pluie tombés dans les deux semaines concerne ce phénomène. Pour l’instant, les changements climatiques pour ce genre de choses ne sont pas spectaculaires. Par contre, on pourrait faire des plans d’aménagement en prenant conscience des risques d’inondation, et aussi renforcer les plans d’intervention. Cela permettrait d’agir de façon plus efficace. On peut également construire des digues, des réservoirs ou des bassins de rétention en milieu urbain, ou encore un canal de dérivation comme au Manitoba. Tous ces systèmes ont cependant leurs limites quand les volumes d’eau sont considérables comme actuellement. Il faut faire preuve de beaucoup d’empathie pour les gens qui sont inondés présentement. C’est un événement qui doit vraiment être difficile à vivre, surtout pour les gens qui vivent à un kilomètre de la rivière et qui marchent normalement 20 minutes pour y accéder. Ils ne devaient certainement pas s’attendre à ça. 

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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