Chroniques

Trois questions à Francine Charest

Sur l'expansion planétaire de Twitter

Québec aura son festival de twittérature, intégré en toutes lettres dans le Festival de littérature Québec qui aura lieu en octobre 2012, en collaboration avec la ville de Bordeaux. L’Institut de twittérature comparée utilise aussi cette plateforme pour motiver des élèves du secondaire. Toutes ces initiatives réjouissent la professeure au Département d’information et de communication, Francine Charest, qui dirige depuis un an l’Observatoire des médias sociaux.

Q  Twitter est-il devenu un outil indispensable?

R  Selon les derniers chiffres du CEFRIO, en juin dernier, 200 millions de gazouillis ou de twits étaient envoyés chaque jour, contre 60 millions en janvier 2010 et 2 millions en janvier 2009. C’est donc un moyen de communication qui rejoint les gens grâce à l’efficacité de ses messages en 140 caractères. Il s’agit aussi d’une façon très rapide d’avoir un aperçu du contenu de plusieurs journaux et revues. En l’espace d’une heure, le matin, on peut consulter un millier de références, ce qu'on ne peut faire sans cet outil. Par la suite, on peut pousser la recherche en sélectionnant certains liens. J’aime également quand il y a des formes d’art exploitées grâce à Twitter, comme la twittérature. Transférer de la poésie sur ce nouvel outil, je trouve ça génial. Cela va sans doute interpeler des personnes qui ne s’intéressaient pas à la littérature avant. Cela rappelle les orchestres symphoniques ou les maisons d’opéra qui s’adressent à une autre clientèle en jouant dans les centres commerciaux ou les parcs…

Q  À qui s’adresse Twitter selon vous?
 
R  C’est un outil très démocratique, qui rejoint monsieur et madame Tout-le-monde, tout comme Facebook ne s’adresse plus seulement aux étudiants. Pour être un peu plus critique, il faut reconnaître qu’il y a beaucoup de bruits «communicationnels». Ce n’est pas toujours de l’information très riche. Il faut être sélectif dans ceux qu’on suit puisque certains s’expriment pour s’exprimer. Pour ma part, je regarde les suivis médias qui m’intéressent le plus, puis j’élargis ensuite, et c’est là que je me tanne. Certains utilisent Twitter pour faire de l’autopromotion, mais ce genre d’information meurt très rapidement, car, en général, les gens n’apprécient pas la publicité en ligne. J’aime quand même lire ce qui se dit par monsieur et madame Tout-le-monde, même si cela pollue Twitter. Twitter joue parfois le rôle d’une accroche, à la manière d’un titre de journal. Une information est lancée, que l’on lit plus tard en profondeur comme, par exemple, l’État des lieux des médias sociaux à travers le monde, une vidéo de deux minutes qui circule sur YouTube et qui donne les derniers chiffres de 2011. Sans Twitter, ce type d’information aurait pris beaucoup plus de temps à obtenir, alors qu’aujourd’hui je peux la mettre en lien pour mon cours de la journée.

Q  Comment envisagez-vous l’avenir de la plateforme?   

R  Selon les tendances annuelles, 61 % des moins de 34 ans considèrent que les médias sociaux sont aussi importants que ceux en ligne ou sur papier pour s’informer. L’avenir semble aussi s’orienter vers une réappropriation du Web par les internautes. Plutôt que de laisser des robots trier pour nous les nouvelles comme dans les outils d’alerte où certains mots-clefs sont sélectionnés, on peut désormais mener notre propre recherche au moyen des gens qu’on suit. Si les réseaux sociaux franchissent le milliard de visiteurs uniques, cela commence à faire du monde en ligne! Si, au lieu de combattre Twitter, comme certains journalistes l’ont fait au départ, ces derniers l’utilisaient intelligemment, c’est un outil qui rendrait service à tout le monde. Par exemple, le journaliste peut faire une revue de presse des informations mondiales qu’il mettra à profit pour écrire un article plus étoffé et l’envoyer en ligne, avant de le publier le lendemain matin. Le Devoir, un journal sérieux, se démarque beaucoup par son usage des médias sociaux, notamment par son site et par l’utilisation des ressources d’information de par le monde. Le bouche à oreille permet de former un réseau d’échanges de nouvelles complémentaire à celui des grandes agences de presse.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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