Chroniques

Trois questions à Égide Royer

Sur le projet de loi contre l'intimidation en milieu scolaire

Le projet de loi contre l’intimidation que la ministre de l’Éducation Line Beauchamp vient de déposer suscite beaucoup d’espoir, mais aussi des questions chez les parents et les victimes. Égide Royer, codirecteur de l’Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l’école et professeur à la Faculté des sciences de l’éducation, salue l’obligation qu’ont désormais les écoles de lutter contre ce problème comme on le fait en Ontario et en Alberta.

Q  Pourquoi revenir sur l’intimidation trois ans après le lancement d’un plan d’action sur le sujet?

R  De 6 à 10 % des jeunes sont victimes d’intimidation de manière répétitive, un gros chiffre qui ne varie pas beaucoup. Actuellement, il existe trois niveaux d’intervention pour ce genre de situation. D’abord, la sensibilisation à l’ensemble de l’école pour prévenir l’intimidation avec des activités dans les classes, faire venir des pièces de théâtre, mettre sur pied des groupes d’élèves médiateurs dans les conflits dans la cour de récréation. Dans 85 % des cas, cela va être suffisant pour des jeunes qui ne sont pas des victimes chroniques. Dans 10 à 15 % des cas, la simple sensibilisation ne suffit pas: il faut un arrêt d’agir. Le troisième niveau est plus rare. Imaginez, vous avez 16 ans, vous avez déjà été recruté dans le club-école des Hells Angels et vous intimidez les autres pour vous donner un statut et vous faire rembourser des dettes de drogue. Cela va prendre plus qu’une pièce de théâtre pour vous arrêter… Il faut vraiment agir contre l’intimidation, car le développement des victimes s’en trouve parfois compromis, et cela peut mener à des actes très graves comme on l’a vu à l’automne. Cela prend donc une procédure systématique à implanter dans les écoles comme le suggère le projet de loi.  

Q  Une de vos recommandations d’imposer aux écoles un délai de réponse obligatoire pour les parents des enfants victimes d’intimidation fait désormais partie du projet de loi…

R  Si, comme parent, je préviens l’école que mon fils ou ma fille se fait intimider, on doit me revenir dans les 48 heures pour me dire ce qu’on a fait pour arrêter l’agresseur et pour aider mon enfant. C’est une obligation d’intervention des adultes de l’école avec un premier répondant, comme quelqu’un formé aux premiers soins dans un bureau. Si cela ne fonctionne pas, 48 heures plus tard, j’écris quelques lignes avec copie conforme au patron de la direction d’école. Et si ça ne bouge toujours pas, on envoie ça au protecteur des élèves, un ombudsman. C’est sérieux. Cela va mettre beaucoup de pression sur le système. Par contre, je pense que ce n’est pas suffisant. Il faudrait que chaque école dispose de professionnels, membres d’un ordre, qu’il s’agisse de psychologues ou de psychoéducateurs, pour intervenir auprès de victimes peut-être suicidaires ou dépressives. Le gouvernement n’a plus d’argent à y consacrer, car il a donné plusieurs dizaines de millions de dollars pour la baisse du ratio maître-élèves. Pourtant, je continue à dire que ce n’était pas le premier besoin. Il aurait d’abord fallu doter chaque école de ressources d’intervention en santé mentale, autant pour les jeunes qui souffrent de dépression que pour ceux qui ont un déficit d’attention ou qui sont victimes d’intimidation. On aurait pu résoudre plusieurs problèmes en même temps tout en traitant les victimes ainsi que les agresseurs.

Q  Quelles sont les pratiques qui fonctionnent pour lutter contre l’intimidation?

R  Les méthodes sont connues depuis au moins 30 ans; cela me fait bouillir le sang! On doit soutenir la victime, développer avec elle des techniques d’auto-défense, et surtout éviter l’erreur grossière de tenter des médiations avec les agresseurs chroniques, une situation d’inégalité de pouvoir. Que je sache, on ne demande pas aux femmes battues pourquoi leur mari violent les bat. C’est de la folie furieuse! Il faut s’assurer de l’arrêt d’agir de l’agresseur, de façon très nette. Si Steve, 13 ans, écoeure le monde, picosse, intimide, on peut lui donner une semaine de probation intensive à l’école. En arrivant le matin, il accroche son manteau au bureau du surveillant d’élèves ou du psychologue. Entre chaque cours, il se rapporte à cette personne et peut même dîner à son bureau, quatre jours, une semaine s’il le faut. De cette façon, il ne traîne pas sur le trottoir ou à la maison comme c’est le cas lors d'une suspension.  

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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