Chroniques

Trois questions à Claude Simard

Sur la pertinence d'offrir des formations uniquement en anglais, au Québec, dans les facultés ou écoles de sciences de l'administration

Le projet de HEC Montréal - filiale de l’Université de Montréal - d’implanter bientôt une maîtrise en administration uniquement en anglais a provoqué l’indignation de Claude Verreault, professeur au Département de langues, linguistique et traduction, et de Claude Simard, professeur retraité de la Faculté des sciences de l’éducation. Ce dernier explique leur prise de position publiée dans le quotidien Le Devoir la semaine dernière.

Q  Pourquoi rejeter un tel programme qui, selon HEC, reflète l’importance que doivent accorder les étudiants à l’anglais à l’heure de la mondialisation?


R  Nous ne sommes pas des nationalistes fermés et unilingues. Nous sommes persuadés que tous les étudiants, particulièrement dans le domaine des affaires, doivent maîtriser la langue anglaise, et même une troisième langue. Il faut leur offrir des cours de langue, les initier à la terminologie, à la rédaction en anglais dans des cours très spécialisés de deuxième ou de troisième cycles. Par contre, parler d’un programme de formation tout en anglais, c’est considérer que le français n’est plus apte à dire un domaine, à l’étudier, ce qui est tout à fait faux. Le français a marqué l’humanité. Il a permis d’exprimer la science, les technologies, le commerce, la littérature, les arts. Quand on dit que l’anglais doit servir dans une université francophone à l’étude dans un domaine, c’est comme si on disait que le français n’est plus apte à transmettre des connaissances dans ce domaine-là. C’est très grave dans l’image que l’on projette du français et de sa valeur scientifique et sociale. Nos directeurs de programme, nos recteurs ne semblent pas le comprendre. On peut pourtant très bien étudier la gestion, l’économie en français et maîtriser l’anglais pour faire des affaires avec des Chinois et des Indiens, particulièrement dans une université francophone.

Q  Comment attirer des étudiants étrangers si l’université n’offre pas de formation en anglais?

R  Les universités francophones, dont l’Université Laval, comptent déjà dans leurs rangs de nombreux étudiants étrangers depuis des décennies sans que l’on ait senti le besoin d’offrir des formations tout en anglais. En offrant ce genre de programme, on cherche à attirer des pays liés traditionnellement au monde anglo-saxon comme l’Inde ou la Chine, alors que les établissements francophones disposent d’un bassin énorme dans la francophonie. On peut aller chercher des étudiants en Asie, en Afrique, en Amérique. Les ressortissants de l’Amérique latine, par exemple, sont très intéressés par la culture québécoise. Pourquoi ne pas attirer ces étudiants-là et les intégrer à notre programme? Par ailleurs, il existe au Québec un réseau universitaire anglophone très fort. L’Université McGill est l’université la plus prestigieuse du Canada. Pour intégrer des étudiants étrangers, comme des Chinois, des Indiens, pourquoi ne pas faire appel aux universités anglophones de notre réseau universitaire bilingue? Cela dessert le Québec de se faire concurrence de cette façon stupide et déloyale.

Q  Cette question de l’anglicisation des programmes interpelle-t-elle le monde universitaire?

R  Justement, je lance un appel à toute la communauté universitaire. La course au rectorat commence actuellement. Je pense que nous devons demander aux candidats et aux candidates qui se présentent de prendre position sur la place du français dans nos programmes de formation aux premier, deuxième et troisième cycles. Je voudrais entendre tous ces candidats et ces candidates à propos du choix que la Faculté des sciences de l’administration a fait d’offrir à l’intérieur des murs de la plus ancienne université francophone d’Amérique un programme tout en anglais depuis septembre 2011. Pour obtenir son programme de maîtrise en administration des affaires en anglais, un étudiant doit obtenir au moins 60 % des cours dans cette langue. Ce n’est pas un projet comme aux HEC. Je veux savoir si les candidats acceptent ça. Quelles conséquences cela peut avoir selon eux sur le rayonnement du français dans les universités du Québec et de partout dans le monde? Je pense que cela doit être un thème central de la campagne. Si les candidats ne sont pas capables de se positionner par rapport à ça, ils ne méritent pas d’être recteurs.


Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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