Chroniques

Trois questions à Bernard Beaudreau

Sur les causes et les conséquences de la crise financière en Grèce

Le Parlement grec doit adopter d’ici le 28 juin une série de mesures de réductions des dépenses et de privatisation, alors que la rue manifeste bruyamment son opposition. L’Union Européenne exige des élus grecs un clair engagement avant de débloquer l’aide promise. L’avis de Bernard Beaudreau, professeur au Département d’économique.

Q  La crise grecque pourrait-elle provoquer une crise mondiale semblable à celle de 2008?

R  Je ne pense pas qu’on en soit rendu là. Ce qui attire l’attention sur la situation grecque c’est que partout, en Occident, les gouvernements sont endettés et se demandent s’ils pourraient en arriver à une telle situation. Le problème en Grèce c’est que le gouvernement est prêt à mettre de l’ordre dans les finances publiques, mais qu’il rencontre beaucoup de résistances car il y a là-bas une forte culture de manifester. La Grèce vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens, il lui faut diminuer de 12 % ses dépenses, ce qui est énorme. Le gouvernement ne peut plus créer de la richesse pour équilibrer son budget. Depuis la crise économique de 2008, l’économie grecque ne va pas bien. Le niveau d’endettement a même grimpé de façon monumentale depuis 2000, il frôle les 150 % par rapport au PIB. Cependant le Grec moyen pense que le gouvernement peut encore s’endetter alors que les marchés financiers et l’Europe lui disent qu’il est rendu à sa limite. La Grèce doit se prendre en main car on ne va nulle part.

Q  La crise en Grèce pourrait-elle inciter l’Union européenne a se donner un rôle davantage fédéral?

Pour l’instant il s’agit surtout d’une union économique, on n’en est pas encore à l’abolition des États avec un pouvoir central. Le problème grec a des effets sur l’ensemble de l’euro, et l’Europe doit regretter d’avoir accepté la candidature grecque. Les Grecs pensaient qu’en adhérant à l’Union européenne, cela allait créer des emplois et de la richesse. Cela ne s’est pas produit car les multinationales françaises et allemandes ne voulaient pas investir dans ce pays lourdement endetté où les impôts sont élevés pour payer l’appareil étatique. Le gouvernement n’a pas le choix d’agir car les transferts actuels aux gens qui ont perdu leur emploi ne créent pas de croissance. C’est un système très généreux pour les chômeurs.

Q  Certains parlent d’un programme de grands investissements publics, de grands travaux pour relancer l’économie….

R   C’est ce qu’on fait actuellement un peu partout en France, aux États-Unis ou ailleurs car on est en manque de croissance. L’économie mondiale traîne de la patte. Les économistes se demandent depuis une trentaine d’années comment relancer la croissance. La crise en Grèce remonte au ralentissement mondial à la fin des années 70 – début des années 80, dont les économistes n’ont jamais diagnostiqué ce qui l’avait provoqué. Dans les années 90, on a pensé que pour stimuler l’économie il fallait diminuer les impôts, donner plus de pouvoir aux entreprises privées, investir dans les technologies de l’information, déréglementer le secteur financier. Non seulement cela n’a pas fonctionné, mais cela a empiré la situation et provoqué la pire crise économique de l’histoire de l’humanité, celle de 2008. La croissance économique constitue donc un mystère. Aujourd’hui, Obama cherche à investir dans les nouvelles technologies vertes et dans de nombreux projets gouvernementaux pour relancer l’économie. On n’a aucune preuve que cela fonctionne et les Républicains prétendent que le président endette encore davantage le pays dont le déficit représente déjà 1 000 milliards et demi de dollars. Même lorsque le gouvernement américain augmente les dépenses, cela ne stimule pas forcément l’emploi car on importe beaucoup de la Chine et de l’Asie, contrairement aux années 30 où les frontières des marchés étaient fermées. En plus, les consommateurs sont eux aussi très endettés, on a atteint des records au Canada et aux États-Unis depuis une dizaine d’années. Ils ne peuvent donc plus soutenir l’économie et cela décourage les investisseurs. Une chance que les taux d’intérêts sont extrêmement bas. Personne ne sait comment s’en sortir. 

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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