Chroniques

Trois questions à Anessa Kimball

Sur la suite des primaires républicaines après la victoire de Romney en Floride

Mardi soir, le candidat républicain Mitt Romney a remporté une victoire importante en Floride en raflant 43 % des suffrages contre 32 % pour son adversaire Newt Gingrich. Cette campagne très dure a permis à l’ancien gouverneur du Massachusetts de s’assurer le vote favorable des 50 délégués d’un des États les plus populeux du pays. La suite des choses avec Anessa Kimball, spécialiste de la politique étrangère américaine au Département de science politique.

La victoire de Mitt Romney en Floride lui ouvre-t-elle la route pour affronter Barack Obama aux présidentielles de novembre prochain?

Rien n’est encore  décidé pour l’instant. En gagnant la Floride, Romney dispose maintenant de 87 délégués contre 26 pour Gingrich. Une remontée pour ce dernier n’est pas impossible. Le gagnant doit avoir au moins 1 144 délégués, et il reste des États très importants comme la Californie, le Texas, New-York, qui ont davantage de délégués que la Floride. D’autant que dans certains États, le gagnant n’emporte que la proportion de délégués correspondant  au vote obtenu, et non la totalité comme lors de la primaire de Floride. Même en deuxième place, on peut donc tranquillement augmenter son nombre de délégués. On constate que Romney a changé sa stratégie en Floride en lançant beaucoup d’attaques contre son adversaire. La situation actuelle ressemble à la campagne électorale des démocrates lors de la dernière élection présidentielle où la compétition pour les primaires était assez féroce. Je pense que Gingrich va continuer à faire une campagne de dénigrement; c’est son style. 

Comment expliquer qu’un candidat comme Mitt Romney, considéré comme un républicain modéré, l’ait emporté dans un État qui a soutenu le mouvement Tea Party, très à droite?


Le mouvement Tea Party n’est pas aussi important que le laissent croire les médias. Quelques candidats très médiatisés ont donné l’impression d’un mouvement beaucoup plus large que ce qu’il est en réalité. Par ailleurs, Romney n’est pas aussi modéré que Gingrich veut le faire croire. Dans ses attaques, Gingrich trace le portrait de l’ancien gouverneur du Massachusetts comme quelqu’un qui n’aimerait pas les valeurs néoconservatrices. Et, de toute façon, même si Gingrich est plus conservateur que Romney, beaucoup de républicains le détestent depuis les années Clinton. Ils lui en veulent pour l’opposition systématique qu’il menait à cette époque au Congrès, surtout les retraités de Floride qui se souviennent de l’ère Clinton comme de belles années même s’ils sont républicains. Gingrich affirme souvent qu’il ne veut pas négocier, alors que les électeurs savent qu’un président doit faire des compromis pour faire avancer les choses. Cela nuit donc à sa campagne. D’autre part, il ne semble pas avoir de plan convaincant en économie, alors que les électeurs disent clairement que c’est leur priorité. Ils font plus confiance à Mitt Romney qui a l’expérience des affaires.

Le vainqueur des primaires pourra-t-il refaire l’unité d’un parti qui se déchire sur la place publique depuis plusieurs mois?


Je m’intéresse surtout de ce que pourrait faire Ron Paul. Comme il sait qu’il ne peut emporter les primaires, il pourrait être tenté de se présenter comme indépendant. S’il réussit à gagner des votes chez les républicains, cela pourrait diviser le vote et ouvrir la porte à Obama. Pour la course aux primaires, je crois que les attaques et les publicités négatives vont continuer, car cela joue un rôle au moment du choix, même si les électeurs disent ne pas les aimer. Les candidats savent qu’aujourd’hui les campagnes pour gagner les primaires sont féroces. Une fois que les blessures seront soignées, le parti sera uni derrière le candidat pour battre Obama, car il n’y aura pas d’autres choix. Il est trop tôt cependant pour prédire qui pourrait remporter la présidentielle. Trop d’éléments peuvent changer, notamment à l’étranger, qu’il s’agisse du retrait des dernières troupes en Irak et en Afghanistan, de l’instabilité du Moyen-Orient avec les révolutions arabes ou de ce qui se passe en Iran. Si Barack Obama décide de lancer une guerre contre ce pays, cela peut changer beaucoup de choses pour les électeurs.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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