Chroniques

Trois questions à Alain Barré

Sur le conflit au Journal de Québec

Depuis le 22 avril dernier, 252 salariés du Journal de Québec battent le pavé. Si Quebecor a mis en lock-out les employés de bureau et les journalistes, les pressiers qui travaillent à l’imprimerie sont, pour leur part, en grève. L’ensemble des personnes concernées publient et distribuent désormais le quotidien  MédiaMatinQuébec, que l’on retrouve aussi sur Internet. Alain Barré, professeur en relations industrielles, suit attentivement cette affaire depuis ses débuts.

Comment expliquer la longueur du conflit?
Les demandes patronales sont très importantes. Il faut comprendre que les journaux perdent des lecteurs en Amérique du Nord, et des revenus publicitaires. Par exemple, la demande de papier journal a diminué de 6 %. Dans notre système économique, les chefs d’entreprise doivent prendre des mesures pour assurer sa pérennité. Contrairement aux industriels de la forêt plongés dans une grave crise, ils ne sont pas obligés d’attendre que l’entreprise soit déficitaire pour mettre en place des mesures de redressement. L’employeur, Sun Media, demande à ses salariés, entre autres, de revenir à une semaine de cinq jours de travail, alors qu’ils travaillaient quatre jours, en plus d’autres dispositions. Certains emplois ne sont plus techniquement à Québec, notamment ceux qui relèvent des petites annonces, puisque Sun Media a ouvert un centre d’appels pour l’ensemble des journaux situé à Kanata en Ontario.

Depuis le déclenchement du lock-out, les salariés ont accusé à plusieurs reprises le Journal de Québec d’utiliser des cadres embauchés juste avant le début du conflit, ou des employés d’une autre division de Quebecor. Qu’en pensez-vous?
Les audiences vont bientôt commencer devant la Commission des relations du travail; elles seraient déjà en cours s’il n’y avait pas eu entre-temps des procédures entamées devant la Cour supérieure. Le fait que la société Sun Media fasse appel à des journalistes rattachés à Canoë pour couvrir l’actualité soulève des questions très intéressantes sur les mesures anti-briseurs de grève. Cela met à l’épreuve cette législation à l’heure des nouvelles technologies de l’information, une disposition de plus en difficile à faire appliquer. Selon le régime établi par le Code du travail dès 1977, le travail interdit en temps de grève concernait celui effectué à l’intérieur de l’établissement visé par le conflit. Je présume que, dans ce cas-ci, l’employeur va plaider que le travail se fait à l’extérieur, par exemple que Quebecor achète les textes écrits par des salariés employés ailleurs. Des auteurs ont déjà souligné qu’une multinationale, par exemple, capable de délocaliser sa production dans un autre pays est avantagée par rapport à une PME qui ne peut recourir à la sous-traitance externe.

Que va-t-il se passer maintenant?
Cela risque d’être très long encore. Je ne pense pas que les emplois de bureau qui sont à Kanata reviennent à Québec. Je suis de près aussi la situation des pressiers au Journal de Montréal, car l’impression du quotidien, jusqu’alors réalisée au centre-ville, a été transférée à Mirabel dans une des imprimeries les plus modernes en Amérique du Nord. Avant, il fallait dix personnes pour faire fonctionner une presse, alors que désormais deux suffisent. Est-ce que Sun Media jongle avec l’idée de faire imprimer le Journal de Québec à Mirabel comme c'est le cas actuellement? Je pense que l’entreprise économise beaucoup d’argent malgré les frais de transport. Je ne suis pas très optimiste pour les salariés. En tout cas, je ne prévois pas de règlement rapide du conflit.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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