Chroniques

Trois questions à

Geneviève Vachon sur l’avenir du centre urbain de Sainte-Foy

Par : Nicole Beaulieu
Geneviève Vachon, professeur de design urbain à l'École d’architecture.
Geneviève Vachon, professeur de design urbain à l'École d’architecture.
Avec la transformation rapide du plateau de Sainte-Foy, de nombreux citoyens s’inquiètent. Les grandes tours poussent comme des champignons autour des centres commerciaux et des bungalows de style années 1950. La Ville de Québec tente de planifier le développement de cette zone très prisée en proposant un plan particulier d’urbanisme (PPU), qui a fait l’objet de plusieurs discussions publiques ces dernières semaines. La vision de Geneviève Vachon, professeur de design urbain à l’École d’architecture.



Quelle est la portée de ce plan particulier d’urbanisme alors que de nombreuses constructions modifient déjà le quartier?


Réaliser des plans d’aménagement prend beaucoup de temps. Cela ne me surprendrait pas que la ville réfléchisse sur ce secteur depuis trois ou quatre ans déjà. Il faut faire beaucoup d’analyses, de recherches, de consultations, calibrer les tenants et aboutissants juridiques et réglementaires. Le plateau centre de Sainte-Foy constitue un site stratégique et convoité, collé au pôle d’emploi le plus important de la ville. Du coup, beaucoup de constructions démarrent avant le plan. D’où la nécessité de produire cet outil de modification du zonage, car le développement ne cadre plus avec le règlement en vigueur ou le plan d’ensemble de la ville. Le PPU se définit donc comme une vue intégrée d’aménagement qui va tenir compte d’orientations dont la portée, pour un secteur bien délimité, est très large et très longue. Il permet de réfléchir aux orientations d’aménagement, mais aussi au transport en commun, à l’accès aux îlots sous-utilisés, à la diversification des activités…



Comment faire coexister dans un même quartier des habitations et des activités commerciales avec de grands axes routiers?


La question de l’aménagement dépasse largement la densification du logement, dont on a beaucoup parlé jusqu’à présent. Il s’agit aussi d’une opération de diversification des activités dans un endroit où cette diversité n’existe pratiquement pas. À Sainte-Foy, certains grands secteurs sont sous-utilisés. Des espaces publics de loisir se trouvent noyés dans des no man’s land de stationnement. Actuellement, les équipements sportifs derrière l’École secondaire de Rochebelle, tout comme le marché public et le marché aux puces, invitent à faire des activités très intéressantes, mais se trouvent dans un environnement peu agréable pour marcher. Pour améliorer l’environnement urbain au nord du boulevard Laurier, on pourrait planifier l’implantation des nouvelles rues en pensant aux trajets d’autobus, à l’emplacement des arrêts, aux espaces publics. Il faut veiller aussi à ne pas imposer un plan d’urbanisme trop restrictif pour faciliter la cohabitation entre les bungalows et les immeubles encore à bâtir. Pour que cela marche, il va falloir une très grande qualité architecturale. Construire des immeubles avec de nombreux étages sur la rue de l’Église, adossés à d’autres immeubles sur la rue arrière, exige des projets d’architecture très bien développés. Il existe d’autres solutions pour densifier un quartier, la densification étant indispensable pour se payer un réseau de transport collectif efficace, des espaces publics de loisir, des rues plantées d’arbres et bordées de trottoirs.



Quels sont les exemples de villes ou de quartiers qui ont réussi à conjuguer densification et vie agréable?


Il faut faire attention aux recettes venues d'ailleurs, car les contextes diffèrent. C’est quand même intéressant de visiter d’autres villes pour s’inspirer, comme Portland, en Oregon, que j’ai arpenté avec mes étudiants de maîtrise en architecture. Dans cette ville d’environ 590 000 habitants, on gère le smart growth [croissance intelligente] à l’échelle métropolitaine, depuis 30 ans. Le réseau de transport en commun a été bâti en fonction de cela, voire en amont. Comme à Québec, les urbanistes composent avec les autoroutes et l’étalement urbain, mais ils tendent à rétablir l’accès au fleuve et à opérer une densification douce dans les anciennes banlieues reliées par un tramway. Dans certains sites, jusque-là délaissés, des bâtiments industriels ont été recyclés en galeries, en écoles d’art. Portland mise beaucoup aussi sur la qualité architecturale et du design urbain. Dans Pearl District, par exemple, des immeubles résidentiels de huit ou neuf étages cohabitent avec des édifices de quatre ou cinq étages. Un réseau de tram et de bus dessert le quartier, dont les activités sont très diverses. Les rues sont plantées de beaucoup d’arbres, l’eau de ruissellement est filtrée et les îlots sont petits pour faciliter les courtes distances à pied. Les voitures ne peuvent pas accéder à certaines artères, car on favorise les rues piétonnières et les voies cyclables. Plus près de nous, dans le quartier Limoilou, on atteint aussi des densités résidentielles assez intéressantes avec des immeubles ne dépassant pas trois étages, de belles cours arrière et des rues très vertes. Les jeunes familles s’y installent et de nouveaux services sont disponibles.

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