Arts

Vulgarisation artistique

Depuis les débuts de sa carrière, l'historienne de l'art et formatrice Pascale Mathé se donne pour mission de démocratiser les beaux-arts

Par : Isabelle Doucet
Ils étaient nombreux à sortir de leur salle de cours le sourire aux lèvres en cette fin d'après-midi. Ces étudiantes et étudiants du cours Le XVIIe siècle, de l'extase baroque à l'équilibre classique suivent, semaine après semaine, leur enseignante Pascale Mathé à travers l'Italie baroque, l'Espagne mystique et la France des Lumières. «Pour ce cours-ci, il y a à peu près une soixantaine d'inscrits», précise la formatrice auprès de qui plusieurs s'attardent après la séance pour commenter la matière du jour. De toute évidence, ils ont été captivés et en redemandent!

Pour qui fréquente les musées et les sociétés d'art de Québec, Pascale Mathé n'est peut-être pas une étrangère. En plus d'enseigner à l'Université du 3e âge de l'Université Laval (UTAQ), elle prononce des conférences pour les amis du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et à la bibliothèque Roger-Lemelin, en collaboration avec le Mouvement d'animation artistique de Cap-Rouge. «Ma grande force, c'est de vulgariser», affirme-t-elle d'emblée en entrevue.

Dès la fin de ses études en histoire de l'art et en archéologie à l'Université de Lille 3, elle se consacre à la communication au grand public. D'abord, comme guide, notamment au Palais des Beaux-arts de Lille, puis au Musée d'art contemporain de Dunkerque. Après son arrivée au Québec, elle a continué son œuvre de vulgarisation en travaillant pour l'Office de tourisme de Sherbrooke et en donnant moult cours et conférences, notamment au Campus Notre-Dame-de-Foy.

Ses communications visent à fournir les outils nécessaires pour apprécier les arts visuels. Lire un tableau figuratif ou abstrait, ancien ou contemporain. Décrypter la lumière, la couleur, la composition d'une œuvre. Comprendre ce qu'est une intervention, une installation ou un happening. Pascale Mathé rend tout cela à la fois limpide et moins intimidant. «Très souvent, en art contemporain et en art ancien aussi, le grand défaut, c'est que pour le commun des mortels, ce n'est pas facile d'abord, déplore-t-elle. Il y a une espèce d'appréhension à aller dans les musées ou même à lire sur l'art. Travailler à faire comprendre, à faire apprécier et à faire découvrir, c'est vraiment ce que je veux.»

Visiter un musée, cela s'apprend, assure-t-elle. Pour en tirer le maximum, il faut d'abord cibler des salles. «Si on se promène le nez en l'air, au hasard, on ne retiendra rien. Un musée, c'est un peu comme un buffet chinois: si on mange de tout, on se sentira saturé et on aura mal au cœur!», plaisante-t-elle. L'idéal est de se familiariser d'avance avec les artistes présentés et les œuvres exposées. Pascale Mathé conseille de profiter des visites virtuelles offertes sur le Web pour repérer les salles les plus attirantes. Les livres, catalogues d'expositions, formations et conférences sont aussi des ressources à privilégier.

«Souvent quand vous vous promenez dans un musée, vous ne voyez qu'une œuvre ou deux d'un même artiste. Or, vous devez savoir comment l'artiste a évolué pour comprendre ce que vous avez sous les yeux.» Elle planifie d'ailleurs ses cours et conférences en fonction des événements et expositions programmés tout au long de l'année. À l'automne 2019, elle présentera entre autres une conférence sur l'Égypte ancienne à l'occasion de l'exposition Momies égyptiennes: passé retrouvé, mystères dévoilés du Musée des beaux-arts de Montréal. À la bibliothèque Roger-Lemelin, elle soulignera aussi le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci.

Au novice qui voudrait se créer des repères, Pascale Mathé conseille d'aller d'abord vers ce qui touche sa sensibilité. Si l'abstraction du 20e siècle suscite l'intérêt, par exemple, il convient de commencer par des œuvres faciles d'accès, comme les dernières peintures de Paul Cézanne, un précurseur. Pour continuer, on peut aller vers d'autres artistes comme Piet Mondrian ou Kasimir Malevitch, qui ont repris certains éléments des impressionnistes pour les épurer et ainsi arriver à une géométrisation des formes.

Elle évoque en particulier Mondrian. «Il a fait toute une série en étudiant les arbres. Il a commencé par effacer le feuillage, ensuite il a éliminé des branches et après le paysage derrière pour ne garder finalement que des lignes, courbes d'abord puis droites. Il est donc allé petit à petit vers l'abstraction.» Pour expliquer comment les différents courants artistiques sont liés, elle compare l'histoire de l'art à une énorme boule de neige qui roule. «La couche extérieure que vous voyez maintenant, en 2019. Ce qu'il y a dans les expositions, les galeries dépend de toutes les couches en dessous qui sont invisibles et qui se sont amalgamées. Lorsqu'on comprend cela, il est plus facile de repérer des liens.» C'est ainsi que d'un artiste et d'une œuvre à l'autre, on approfondit sa connaissance des courants jusqu'à pouvoir apprécier des propositions plus exigeantes.

Pascale Mathé a déjà le nez plongé dans ses traités d'histoire pour préparer les conférences et cours de la saison 2019-2020. On pourra toutefois assister à ses dernières rencontres avant l'été, notamment le mercredi 3 avril à 18h30 à la bibliothèque Roger-Lemelin (4705, rue de la Promenade des Sœurs, Cap-Rouge) dans la conférence Les femmes artistes: Emily Carr et Frida Kalho. Elle entamera également à l'UTAQ, au printemps, un cycle sur les femmes artistes du début du 20e siècle (Emily Carr, Georgia O'Keeffe, les femmes du Groupe du Beaver Hall et Frida Kalho), qui se poursuivra l'automne prochain.

Plus d'information:

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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