Arts

Un soir d'hiver à Baie-Comeau

Lauréat du Prix Robert-Cliche 2006 avec son roman Slash, François X Côté, chercheur au LAMIC, prend les rênes de l’imaginaire   

Par : Renée Larochelle
«Écrire est l’art des hommes-troncs.» Plutôt surprenante, cette première phrase de Slash résume à elle seule l’esprit du livre, selon son auteur François X Côté, qui vient tout juste de remporter le prix-Robert Cliche 2006. Ce prix récompense chaque année depuis 1979 un premier roman original et inédit de plus de 150 pages. «Tant que je n’ai pas la première phrase d’un texte, je suis incapable d’avancer», dit le jeune homme de 33 ans, chercheur au Laboratoire de muséologie et d’ingénierie de la culture (LAMIC) de l’Université Laval. «C’est très difficile de tout laisser tomber pour écrire, insiste-t-il, on se sent pieds et poings liés. Décider de s’investir dans l’écriture peut être un handicap majeur, parce qu’on  ne peut rien faire d’autre et qu’on est entièrement pris par cela.» Après avoir consacré d’innombrables heures à l’écriture de son roman - qui pour la petite histoire a d’abord compté 350 pages puis 85 et enfin 150 - et avoir envoyé des manuscrits à plusieurs éditeurs, François X Côté avait presque fait son deuil de l’écriture. Et puis, l’idée de présenter son roman son roman pour le prix Robert-Cliche a germé en lui, avec l’heureux dénouement qu’on connaît. 

L’histoire de Slash tient en peu de mots. Un soir d’hiver à Baie-Comeau, à la fin des années 1980, alors que les bancs de neige font presque de l’ombre aux maisons, un jeune garçon perd ses bras et ses jambes, après qu’une souffleuse lui ait passé dessus. Crac boum, le destin vient de frapper. À partir de ce moment, l’existence de ce garçon réduit à l’état de tronc prend un nouveau tournant, celui de l’imaginaire. Utilisant l’écriture pour survivre, Pierrot se sert de la plume comme d’une béquille, fantasmant sur tout ce qui lui est à jamais interdit, comme par exemple les femmes, se construisant des ponts de souvenirs afin de réussir à traverser les épreuves la tête hors de l’eau. Bien que le décor soit bien celui de son enfance, tout le reste de l’histoire n’est que fiction, précise François X Côté. «J’avais envie de raconter quelque chose d’un peu loufoque, un roman en forme de scrap book qui ne répondrait à aucun plan formel. J’ai essayé de tout relier cela et puis voilà!» Le roman a été écrit alors qu’il étudiait à l’Université de Montpellier, en France. «C’est important de prendre ses distances quand on écrit, explique l’auteur. Le fait de vivre à l’étranger et d’être séparé des siens crée une sorte de manque très propice à l’écriture.»

Une certaine facilité
François X Côté possède une feuille de route assez atypique. Après des études en service social et en création littéraire, il bifurque en histoire puis entreprend une maîtrise en muséologie, le tout à l’Université Laval  «Mon parcours peut sembler un peu éparpillé mais tout ce que j’ai fait et étudié me sert», constate-t-il. Aujourd’hui spécialiste dans l’utilisation de technologies de pointe dans le domaine de la culture, il travaille entre autres comme concepteur de projets culturels, essayant de développer «des lieux inaccessibles», mélangeant réalité virtuelle et réalité tout court, dans une volonté de créer une «réalité hybride». Son travail le passionne. Mais la littérature? «Je n’ai pas beaucoup lu de livres mais j’ai toujours eu une certaine facilité pour écrire, avoue-t-il. En tout cas, c’est ce que mes professeurs me disaient. Jeune adulte, j’écoutais beaucoup de musique francophone comme Beau Dommage et  Harmonium. J’ai assimilé l’intégrale des œuvres de Brel et de Gainsbourg. Je pense que je suis venu à l’écriture davantage par la musique que par la littérature.»
   
Et l’avenir? «C’est sûr que gagner un prix important comme le Robert-Cliche donne une bonne tape dans le dos, un coup de fouet qui incite à aller de l’avant, avoue François X Côté. J’ai tellement travaillé longtemps sur mon roman que j’ai envie de commencer quelque chose de tout à fait nouveau. Mais disons que pour le moment, j’ai davantage le goût de travailler sur des projets sonores.» Et que dire du titre du roman, Slash, incisif s’il en est un? «Le titre s’est manifesté à moi très tard, reconnaît l’auteur. Je trouvais qu’il illustrait très bien l’idée de rupture, du changement de paradigme, comme une lame de rasoir. Il symbolisait bien la révolution informatique.»

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