Arts

Un amour de glace

Dans Toundra, c’est en vers cette fois que Jean Désy, chargé de cours à la Faculté de médecine, clame son amour du Nord et de ses grands espaces

Par : Pascale Guéricolas
Amoureux des grands espaces, le médecin et poète Jean Désy ne se sent vivre pleinement que dans deux lieux, la toundra et la haute montagne. Dans ces régions où règnent le silence, la lumière et le vent, l’âme de ce chargé de cours, qui enseigne notamment la littérature à la Faculté de médecine, s’envole et la parole poétique prend tout son sens. Son dernier recueil, Toundra, publié chex XYZ, qui regroupe une vingtaine de poèmes, témoigne de ses errances nordiques pendant quatre ou cinq ans. Au hasard de sa prose, le lecteur y croise des outardes, de la glace, un loup blanc, des blizzards, une tente comme celle que les Inuits utilisent dans leurs pérégrinations. Les encres en noir et blanc de Pierre Lussier donnent à voir les images créées par le poète. «Il a su parfaitement illustrer le Nord, affirme Jean Désy admiratif. Le peintre revenait d’un séjour chez les Inuits quand il a produit ces œuvres magnifiques.»

Chacun des poèmes de Toundra constitue un instantané de la vie heureuse dans cette région. Un homme attend un loup-marin en bordure d’un aglou, un trou dans la glace. Un autre, ou peut-être le même, imagine sa mort en joie dans la toundra, «les oreilles prises entre les serres d’une buse, l’œil allumé par les oisillons de son nid». Au fil de la lecture, on rencontre onze amis dans une tente, un souvenir du médecin venu pêcher la truite avec des collègues de l’hôpital, ou le plaisir éprouvé à marcher tout simplement dans la taïga. «Je me souviens de ces quatre jours passés à la jonction de la baie James et de la baie d’Hudson où il faisait 38 degrés et où l’on n’a pas arrêté de se baigner», se remémore le poète.

Profondément épris de cette terre de glace, Jean Désy se rappelle avec précision la date de son éblouissement, comme un amoureux transi se souvient quand il a aperçu pour la première fois l’objet de sa flamme. Pour lui, le coup de cœur s’est produit très exactement le 3 janvier 1990, à 20 h. «Un cri explose dans mon ventre, tous mes sens volèrent en éclats, c’était au Nunavik, la toundra me fut éblouissement.» Lui, qui soigne depuis quinze ans les maux des Inuits et témoigne de leur détresse, voit la toundra comme le lieu de la renaissance de ce peuple. «Les Inuits les plus mal en point retrouvent leur dignité lorsqu’ils arrivent dans la toundra; ils y sont heureux, raconte le médecin. L’espoir du monde à venir repose sur un nouveau paradigme qui passe par des propos nordistes et autochtones.» Le poète rêve d’ailleurs de partager ses vers avec des Inuits un jour dans une tente en pleine nature. En attendant, l’auteur a traduit ses poèmes en anglais et quelques vers en inuktitut pour refléter la réalité trilingue du Nunavik.

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