Arts

Rupture de ton

En 1968, L’Osstidcho a introduit une note dissonante dans le paysage musical et culturel québécois

Par : Renée Larochelle
Le 28 mai 1968, un quatuor infernal formé de Robert Charlebois, Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps créait un spectacle dont on parle aujourd’hui comme étant le plus important de l’histoire de la chanson québécoise. Et pour cause: L’Osstidcho, une revue composée de chansons, de sketchs et de monologues rompait avec tout ce qui se faisait à l’époque au Québec, que ce soit sur le plan scénique, musical et langagier. «Avec L’Osstidcho, la référence n’est plus française ou européenne, et on est loin du chansonnier seul sur scène grattant sa guitare qui était alors la norme dans les salles», explique Bruno Roy, spécialiste de la chanson québécoise et auteur de L’Osstidcho ou le désordre libérateur, publié récemment chez XYZ éditeur. «Le spectacle vient introduire une dissonance dans le paysage culturel québécois et constitue un écho des changements sociaux que vit alors le Québec», affirme Bruno Roy, qui a prononcé cette conférence le 26 février, une activité qui s'inscrivait dans la série «Penser la musique d’aujourd’hui» et qui était organisée par la Faculté de musique et le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ).

Des mots qui sonnent
Que trouve-t-on dans ce spectacle qui fit grincer des dents l’Église dans un Québec qui allait encore à la messe tous les dimanches? Des chansons où se pointe le joual, comme Lindberg, California, ou alors engagées comme La Marche du président. Des textes où les paroles ne veulent à la fois rien et tout dire, des sons qui voyagent, en somme, une musique complètement déjantée qui reflète pour la première fois l’américanité de la société québécoise. Yvon Deschamps y construit soir après soir l’un de ces plus célèbres monologues, Les unions, qu’ossa donne. «Deschamps improvisait son texte sur scène et l’écrivait ensuite, précise Bruno Roy. Ce sont d’ailleurs ses monologues qui apportent la seule dimension politique contestataire au spectacle. Juchés sur des échafaudages, les musiciens sont vêtus de toges blanches qui les font ressembler à des évêques. Personne n’a encore jamais vu de mises en scène pareilles au Québec.» 

De mai 1968 à janvier 1969, L’Osstidcho sera présenté à Montréal, d’abord au Théâtre de Quat’sous, une petite salle de 156 places, puis à la Comédie canadienne et à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Puis, la troupe part en tournée à travers la province: Sorel, Joliette, Québec. Un soir, à Drummondville, elle se heurte à des étudiants qui contestent le coût du billet, environ 3,50 $ à l’époque. Qu’à cela ne tienne, Yvon Deschamps crie à la foule en délire que tout le monde est admis gratuitement. En Abitibi, par contre, le succès s’avère moins éclatant: L’Osstidcho se produit devant un petit public de quatre personnes, les curés de campagne ayant incité leurs ouailles à ne pas assister à cet événement scandaleux.

«Contrairement à ce qu’on pense généralement, le spectacle ne s’adressait pas à la jeunesse ouvrière, mais aux jeunes qui fréquentaient les cégeps qui venaient d’ouvrir au Québec, commente Bruno Roy. Ce n’était pas non plus un spectacle révolutionnaire. On peut cependant parler d’un spectacle fondateur, exemplaire d’une modernité québécoise ayant assimilé sa dimension nord-américaine.»

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