Arts

Petite histoire d'une galerie

Depuis 1978, la Galerie des arts visuels offre un lieu unique de diffusion de l’art actuel pour les étudiants de l’École des arts visuels et le grand public

Par : Pascale Guéricolas
Pénétrer dans la Galerie des arts visuels de l’Université Laval constitue une expérience en soi. Le visiteur ne sait jamais dans quel espace il va se retrouver. C’est d’ailleurs le cas en ce moment, alors que le bout de rue qui borde l’édifice de la Fabrique, où se situe l’École des arts visuels, s’est invité à l’intérieur. Les arbres, le trottoir, un bout de réverbère et le banc flanqué de son support à vélos trônent maintenant dans la Galerie, face au mur qui la sépare du boulevard Charest dans le quartier Saint-Roch. Pour rajouter à l’étrange impression de décalage, une bande sonore retransmet en direct les bruits de la rue. «Je m’intéresse beaucoup à l’art public et à l’espace urbain, explique Camille Rajotte, qui signe l’exposition Il y a ce mur qui m’empêche de voir, présentée jusqu’au 11 octobre. Je trouvais intéressant de créer, à l’intérieur, des sensations corporelles liées à un espace extérieur.»

Finissante à la maîtrise en arts visuels, la jeune fille est l’heureuse élue de l’exposition annuelle accordée par la Galerie à un étudiant du deuxième cycle. Les jeunes artistes inscrits au baccalauréat de l’École des arts visuels ont, eux aussi, accès à cet espace à l’occasion de l’exposition annuelle Banc d’essai, qui a lieu en janvier et février. Blanche des murs au plafond, cette grande pièce ressemble à une vaste feuille vierge à la disposition des étudiants et de leurs enseignants désireux d’échanger à propos de l’art actuel. À l’invitation du comité de la Galerie, certains professeurs y exposent aussi régulièrement leurs œuvres.

«Il ne s’agit pas seulement d’un espace d’accrochage, insiste Lisanne Nadeau, la directrice de la Galerie. L’artiste invité s’approprie les lieux avec notre complicité, car nous discutons beaucoup de ce qui va être présenté.» En avril dernier, Nicole Jolicoeur, qui a longtemps enseigné à l’École des arts visuels, a proposé Toucher sur image (vibrato), une installation autour d’un film sur trois musiciennes américaines des années 20. Au fil des discussions précédant l’exposition, la projection a pris de l’ampleur. Elle s’est finalement déployée sur deux écrans et l’installation a intégré des papiers et des photos, témoins de l’œuvre de ces trois sœurs.

Depuis son arrivée dans le quartier Saint-Roch il y a deux décennies, la Galerie des arts visuels participe activement au foisonnement culturel qui règne dans ce coin de la ville. Tout naturellement, des liens se sont créés avec les centres d’artistes tout proches, que ce soit Méduse, La Chambre Blanche ou Le Lieu. La Galerie collabore aussi à plusieurs événements marquants, comme la Manif d’art. L’installation de Gisele Amantea en mai 2014, qui a attiré un public nombreux, a constitué un moment fort de ces échanges. Avec l’aide de l’équipe d’étudiants de la Galerie, cette artiste canadienne a habillé l’espace de carrés rouges et de tapisseries en tissu de la même couleur. Ce décor mettait en valeur d’immenses photos du Salon de l’Assemblée nationale, où débattent les députés, un clin d’œil au Printemps érable et au thème «Résistance» de la Manif.

Le spectaculaire Requiem pour un glacier de Paul Walde, professeur en arts visuels de l’Université de Victoria, a, lui aussi, fait courir les foules en décembre dernier. Le temps d’une installation, présentée pour la toute première fois au Québec, les visiteurs ont plongé dans la réalité d’un concert hors norme. Sur l’écran, des musiciens, les deux pieds dans la neige d’un glacier de Colombie-Britannique, exécutaient une trame musicale inspirée des variations de température.

Les liens développés avec les autres centres facilitent également la venue à la Galerie de certains artistes très engagés dans leur cause, comme Jackie Sumell. Alors qu’elle participait à un colloque chez Avatar, un des centres d’artistes de Méduse, cette artiste a présenté à la Galerie une exposition autour de la maison rêvée par Herman Wallace, un prisonnier isolé pendant 40 ans dans une minuscule cellule en Louisiane. Née de la correspondance qu’elle a entretenue avec le prisonnier, cette exposition, présentée en mars 2014, est une démonstration par l’exemple du pouvoir de libération de l’art.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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