Arts

Peindre la science

Chercheurs et artistes se sont rassemblés pour voir les fruits de leur collaboration dans le cadre du projet Réactions créatives

La professeure à la Faculté de médecine Élodie Boisselier en compagnie de l'artiste Marie-Josée Bourassa.
Le jeudi 23 mai en début de soirée, il y avait beaucoup d'ambiance au deuxième étage de La Ninkasi puisque c'était soir de vernissage. Artistes et chercheurs universitaires faisant partie du projet Réactions créatives s'y étaient donné rendez-vous, les premiers fébriles de montrer les œuvres inspirées des travaux de recherche des seconds. Il s'agissait de la deuxième année d'existence de ce projet à Québec — puisqu'il a cours également à Montréal et à Saguenay —, qui prenait plus d'ampleur cette année avec douze jumelages plutôt que cinq l'année précédente.

Vulgariser la science par l'art, pari impossible? Pas si l'on en croit l'artiste peintre Maud Besson, qui renouvelait cette expérience de jumelage avec grand plaisir. «On est dans des mondes différents, mais pareils à la fois, constate-t-elle. On peut penser, de loin, que la recherche, c'est très froid, mais de regrouper ces deux mondes permet de voir que l'on sait comment se parler; nous sommes passionnés», résume-t-elle.

La difficulté, pour cette artiste, était de ne pas dénaturer sa démarche ni son style, car l'exercice, s'il est fascinant, est loin d'être facile, notamment pour les artistes figuratifs. Souvent bombardés d'information au sortir du laboratoire de la chercheuse ou du chercheur, les artistes doivent démêler patiemment l'écheveau des savoirs et trouver une ligne directrice qui les mènera quelque part. «Ce sont des thèmes que l'on n'a pas du tout l'habitude de traiter, affirme Maud Besson. Et là, le chercheur nous raconte ses recherches et on aurait envie de parler de tout en même temps. Il faut laisser mijoter un peu tout cela, noter les choses les plus importantes et ensuite, on tâtonne», raconte-t-elle.

Jumelée avec le professeur à la Faculté de médecine Pierre Marquet, qui se spécialise dans l'identification de biomarqueurs de risque des grands troubles psychiatriques, Maud Besson s'est servie de gravures médicales, qu'elle a collées au fond de sa toile. Puis, comme elle aime tout spécialement les sujets humains, elle a peint une femme au visage un peu triste et, au-dessus, un cerveau. «J'ai voulu exprimer toute la richesse du cerveau humain», explique-t-elle.

L'artiste peintre Marie-Josée Bourassa est probablement celle qui s'est le plus collée aux travaux de la chercheuse avec laquelle elle était jumelée, Élodie Boisselier. Cette professeure à la Faculté de médecine travaille sur les nanoparticules d'or dont les propriétés permettraient à un médicament ophtalmologique d'adhérer à la muqueuse de l'œil et donc, de faciliter son entrée dans ce dernier. Psychologue le jour et artiste durant ses temps libres, Marie-Josée Bourassa s'est minutieusement documentée, même après sa rencontre avec la professeure Boisselier. Son œuvre représente, à l'échelle atomique, toutes les structures de l'œil: la muqueuse, la partie en jaune sur sa toile, puis les protéines qui tapissent la couche de l'œil, représentées par des fils cuivrés qui, grâce à l'action des nanoparticules, retiennent le médicament. L'artiste est allé jusqu'à coller des nanoparticules d'or, représentant l'atome, autour duquel rayonnent des polymères sur lesquels est inscrite la formule chimique des nanoparticules. La professeure Boisselier n'avait que des éloges sur le travail de l'artiste. «Elle a vraiment retranscrit, de manière très artistique, des faits scientifiques, constate-t-elle. Je suis épatée par l'exactitude des formules, des liaisons, et le résultat est splendide; les couleurs me parlent beaucoup.»

La démarche d'Arianne Lapointe est tout autre. Celle-ci s'est plutôt laissée imprégner par sa rencontre avec le professeur au Département de chimie Normand Voyer et a laissé son instinct la guider. La peintre pratique notamment le pouring, une technique de coulage qui consiste à créer des effets abstraits. «C'est un peu comme de la chimie, explique-t-elle. On mélange de l'huile, du silicone, des pigments de couleur et de l'eau qui réagissent sous l'action de la chaleur.» La jeune artiste s'est inspirée principalement du projet d'extraction des propriétés du thé du Labrador du chercheur dans le but de pouvoir traiter des maladies comme la malaria. Au départ, celle-ci avait un projet de pochoir en tête, puis tout a changé et c'est la superposition d'éléments qui l'a attirée. «Les couleurs sont vraiment belles, s'exclame Normand Voyer en regardant la toile. Ça représente vraiment bien l'esprit de nos recherches. C'est un peu l'huile qui se dégage de sa toile, les couleurs nordiques, le bleu et le vert, un peu plante, un peu menthe. J'aime le concept qui vient appuyer ma façon de voir le Grand Nord québécois.»

En majorité des peintures, les œuvres prenaient également d'autres formes, comme celle d'un texte humoristique sur les insectes rédigé et lu par Jérôme Claveau, alias Jayman, jumelé avec Alain Doyen, un professeur qui travaille notamment sur des concentrés protéiques de vers et de grillons. Jean-François Goudreault, artiste multidisciplinaire, a créé un emballage pour une tisane sur lequel sont inscrites les valeurs nutritives de l'écorce d'érable, objet de recherche de Tatjana Stevanovic, professeure au Département des sciences du bois et de la forêt. Bref, ce vernissage a permis des rencontres entre deux univers qui, lorsqu'ils se parlent, dialoguent fort bien.

Le projet Réactions créatives est organisé par l'organisme Génération da Vinci en collaboration notamment avec l'Acfas et Pint of Science Canada. Vous pouvez aller admirer les oeuvres du projet Réactions créatives, sous forme d'affiches, jusqu'au 31 mai à La Ninkasi (811, rue Saint-Jean).




reactions-creatives_MAR6299-credit-Louise-LeblancLe professeur de chimie Normand Voyer en compagnie d'Arianne Lapointe, artiste peintre.
Photo : Louise Leblanc

reactions-creatives_MAR6276-credit-Louise-LeblancL'artiste peintre Maud Besson et sa toile inspirée du travail du professeur Pierre Marquet.
Photo : Louise Leblanc

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