Arts

Peindre et sculpter, même plaisir!

Une conférence a levé le voile sur les pratiques artistiques multiples de certains géants du monde de l'art, comme Giacometti, Matisse ou Picasso

Alberto Giacometti, <i>Le Nez</i> , 1947. Bronze, 80,9 x 70,5 x 40,6 cm.
D'Alberto Giacometti, le grand public connaît surtout les personnages filiformes en mouvement, à la fois forts et fragiles. L'exposition actuelle du Musée national des beaux-arts du Québec (MNABQ) révèle pourtant une autre facette de cet artiste marquant du 20e siècle. Les tableaux, les dessins, les esquisses, qu'il n'a cessé de produire toute sa vie, faisaient intrinsèquement partie de sa démarche artistique, comme l'a souligné Françoise Lucbert, professeure au Département des sciences historiques, dans sa conférence prononcée le 28 mars au MNABQ. Cet artiste gardait ses toiles près de lui, dans son atelier, comme s'il s'agissait de son bien le plus précieux. Ses sculptures portent également la marque de son trait de crayon. Il les reprenait régulièrement en dessin, une manière de marier deux expressions plastiques différentes.

«Giacometti révolutionne la sculpture, mais, malgré tout, il a aussi besoin de travailler de façon traditionnelle, à l'huile, sur ses toiles, fait valoir la professeure en histoire de l'art. À une certaine époque, il pratique les deux arts en même temps, profitant de la présence d'un modèle dans son atelier pour le peindre et s'en inspirer pour ses sculptures.» Tout comme il passe et repasse avec ses doigts sur ses créations en trois dimensions, l'artiste promène encore et encore son pinceau autour de certains portraits, formant une sorte de halo sur la toile. Ce geste répétitif donne une matérialité au tableau et rappelle aussi l'aspect morcelé de ses sculptures.

Comme le fait remarquer la conférencière, plusieurs autres artistes passent volontiers d'un matériau à l'autre tout au long du vingtième siècle, sans que personne ne s'en formalise. Des têtes d'affiche comme Picasso ou Matisse, surtout célébrés pour leurs toiles, sculptent aussi. «La série de personnages nus du début du 20e siècle de Matisse s'affranchit très tôt du naturalisme, qui caractérise sa peinture à la même époque, fait valoir Françoise Lucbert. On retrouvera ce style plus schématique dans la série des Nus bleus, peints beaucoup plus tard dans les années 50.»

Chez Picasso, la fameuse sculpture Tête de femme (Fernande), exécutée en 1909, avec sa crête de coq, marque l'entrée de l'artiste dans le cubisme au même titre que la célèbre toile Les Demoiselles d'Avignon, peinte en 1907. Cette toile comporte d'ailleurs des personnages qui rappellent les statues d'Afrique et d'Océanie qui influencent fortement le peintre à cette époque. «Je pense que les sculptures constituent un laboratoire d'essai pour Picasso, remarque l'historienne de l'art. Au fond, il en a très peu vendu dans sa vie. La plupart se trouvent aujourd'hui dans le musée consacré à son œuvre à Paris.» Le passage informel d'un matériau à un autre témoigne donc d'une liberté artistique très en vogue au siècle dernier, ainsi que dans les siècles précédents. Rappelons-le, Michel-Ange a non seulement peint le plafond de la chapelle Sixtine, mais il a aussi sculpté le David, tout en dessinant les plans de la basilique Saint-Pierre à Rome….




Caroline-assise-en-pied-Succession-Alberto-Giacometti--SODRAC

Cette toile d'Alberto Giacometti, Caroline assise en pied, peinte vers 1964-1965, fait partie des nombreuses œuvres présentées dans l'exposition consacrée à l'artiste au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu'au 13 mai.

Photo: © Succession Alberto Giacometti/ SODRAC pour le Canada (2018)

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