Arts

Neiges éternelles

Après avoir arpenté le Nunavik et l’Alaska, l’écrivain et médecin Jean Désy publie ses Carnets du Kilimandjaro

Par : Pascale Guéricolas
«À la télé, dans les journaux, à la radio, tout ce qu’on peut voir, lire ou entendre, c’est que l’Afrique agonise. Dix-huit millions d’enfants orphelins du sida. Chaque minute, il y a une victime de cette horrible maladie. Ces statistiques chamboulent, mais pire, elles tuent l’envie d’entendre quoi que ce soit d’autre (…) Comment garder l’espoir? En prenant contact avec l’Afrique festive, l’Afrique heureuse et digne. Peut-être…» Voilà de quelle façon Jean Désy, chargé de cours à la Faculté de médecine et dévoreur impénitent de grands espaces, débute la description, dans son dernier livre, de sa découverte d’une portion d’un continent bien loin des terres arctiques, son terrain de jeu habituel. En décembre 2005, cet amoureux des grands sommets décide de grimper le Kilimandjaro, le plus haut sommet du continent avec ses 5 895 mètres. En chemin, le médecin épris de littérature et d’humanisme rencontre deux Québécois, Claudé Hamel et Robert Hamer. Au fil de leur randonnée commune, l’idée d’un livre racontant leur périple et abondamment illustré de leurs photos s’impose, tout simplement.
  
Lumineux, brillants, parfois luxuriants, les paysages qui jaillissent des Carnets du Kilimandjaro (Éditions Les Heures bleues) constituent autant d’antidotes aux clichés déprimants sur l’Afrique. Ici, un éléphant jaillit de la brousse au petit matin, là, une cascade dévale la colline tandis que la masse neigeuse du Kilimandjaro semble s’accrocher aux nuages. «Petits géants nous goûtons au vent, immensément glacés d’une glace qui ne fond jamais», ces vers, Jean Désy les a lus un soir sous la tente alors que le groupe grimpait vers le sommet de la montagne. Lui qui a contemplé tant d’étendues neigeuses en Alaska, au Nunavik ou au Nunavut établit une distinction entre la glace du Nord et la glace d’Afrique. «La grande différence, c’est la lumière, écrit-il. La luminosité dans cette région proche de l’équateur m’a ébloui, et cela donne une tout autre vision de la neige.»
   
Autre source d’étonnement pour Jean Désy, la joie et le plaisir clairement affichés par les habitants d’un continent si souvent ravagé par les guerres civiles et les catastrophes naturelles. Le médecin confronté à maintes reprises  à la détresse des Inuits dans les villages du Nunavik a été frappé par la bonne humeur des guides et des porteurs qu’il a pu côtoyer durant son périple montagnard. Son récit évoque les bons moments partagés avec eux autour du feu dans le froid piquant, leurs attentions aussi pour faciliter la vie des marcheurs. Sans l’aide de ces hommes portant les fardeaux quand l’oxygène se fait rare, impossible de se hisser sur le toit de l’Afrique, et de contempler la terre d’un peu plus haut.
   
Son intérêt pour ses frères et sœurs humains caractérise bien l’action de Jean Désy dans la vie. Depuis plusieurs années, il donne un cours très prisé par les étudiants en médecine, mais aussi  par ceux inscrits en  littérature ou en anthropologie. Souffrances, littératures et humanisme, explore les grandes œuvres littéraires qui permettent aux lecteurs d’aujourd’hui d’appréhender un pan de l’âme humaine. Cet automne, par exemple, les étudiants ont pu découvrir Tao-Te King, le livre de la voie et de la vertu écrit par Lao Tseu quelque  600 ans avant Jésus-Christ, mais aussi les poèmes d’Arthur Rimbaud. Amoureux de la poésie, le médecin a d’ailleurs publié plusieurs recueils ces dernières années, que l’on pense à Ô Nord,mon amour,  à Miction sous les étoiles, ou à Kavisilaq: impressions nordiques. Sans parler de ses nombreux récits portant sur le Nord et ses aventures médicales  comme Au Nord de nos vies, ou même du roman-théâtre La Poune ressuscitée, une de ses dernières créations où il rend hommage à sa mère.

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