Arts

Lignes de fuite

Les dessins de Caroline Gagné, Josée Landry-Sirois et Annie Thibault à la Galerie des arts visuels jusqu’au 31 mai

Par : Julie Bouchard
A priori, on pourrait dire que Caroline Gagné ne fait pas de dessin, mais qu’elle s’en sert. Pour saisir une idée ou explorer un possible chemin, souvent, elle met le dessin au service d’autres choses, d’autres façons de matérialiser l’éphémère. Mais là, c’est différent. De façon inattendue, le dessin s’est imposé alors qu’elle captait le son du vent qui joue dans les portes de grandes maisons, aux Îles-de-la-Madeleine. Devant l’impossibilité de parler pour ne pas brouiller l’enregistrement, elle a vu une ouverture vers le dessin et, de là, s’est mise à retracer sur papier les portes et fenêtres soufflées par le vent. De la captation du vent a émergé une série de dessins. Ces bruits et dessins créés par l’action du vent ont donné naissance à l’installation Bruits répandus – moment donné. Transposée en partie dans la Galerie des arts visuels, Bruits répandus – moment donné crée une légère distorsion de l’espace. Sous l’influence des dessins, un des murs de la galerie se perçoit autrement, alors qu’au son du vent, des îles se laissent voir.

Bruits répandus – moment donné est accompagnée d’Écluse, une œuvre vidéographique de Caroline Gagné et de l’électroacousticien Patrice Coulombe. Écluse donne à voir deux surfaces: celle de l’eau, surface calme, continue, étale, puis la surface érodée d’un cargo qui traverse l’espace comme une ligne d’horizon. Surface dure et rude, mais tout aussi étonnante, car, comme l’écrit la commissaire de l’exposition, Lisanne Nadeau, elle «se transmute en véritable champ pictural». Œuvre forte, Écluse pourrait faire figure d’intruse dans une exposition consacrée au dessin, mais sa présence est justifiée, entre autres, par les liens étroits qu’elle tisse avec le travail de Josée Landry-Sirois.



Si la révélation naît du mouvement, le mouvement peut donner naissance au dessin


   
«Dans le fond, ce sont des règlements de compte», dit cette dernière de ses dessins. Et si ses mots étonnent, ses dessins aussi. Josée Landry-Sirois, c’est l’évidence qui surprend. Sa participation à l’exposition prend la forme de deux grands dessins; l’un se dégage d’un fond noir, l’autre, d’un fond blanc. Le plus grand trace une ligne d’horizon d’une vingtaine de pieds, mais il se lit d’un trait, comme s'il avait été dessiné d’un seul souffle. On dirait qu’un monde s’y est déposé: de gauche à droite, les traces de vie se multiplient, s’accumulent, se juxtaposent sans refuser le chaos, mais en cherchant par moment la structure. Ce long dessin noir comme un ciel de nuit a été créé en plein Symposium international de Baie-Saint-Paul, l’an dernier. Un parmi d’autres, il a été créé non pas contre, mais dans l’encombrement, la cohue et les bruits ambiants. Comme pour s’enchaîner au dessin, Josée Landry-Sirois l’a commencé en répétant continuellement le même motif ou, du moins, jusqu’à ce que le motif devienne mantra et l’entraîne dans son mouvement. Habituellement, les dessins de Josée Landry-Sirois, qui crée dans un atelier aux dimensions modestes, sont de petites tailles. Mais ceux qu’elle présente ici désobéissent à cette règle.
   
«Le dessin, c’est si personnel…, chaque personne a son tracé, c’est un peu comme l’écriture: chaque trait est unique et révélateur». Et ces mots de Josée Landry-Sirois introduisent à merveille le travail singulier d’Annie Thibault qui suit des chemins rarement explorés. Formée à la fois en sciences pures et en art plastique, Annie Thibault réussit à lier de façon pertinente et ingénieuse les mondes de l’art et de la science. Et, bien sûr, elle travaille avec le vivant. Elle mériterait davantage d’espace dans cet article qui ne pourra rendre justice à La danse d’Euglena, mosaïque de petits dessins au plomb achevés à l’aquarelle et qui, du premier au dernier, témoignent de l’insaisissabilité du vivant. Devant la mosaïque, une table de travail, de dessin peut-être, sur laquelle repose l’image d’une main qui tente de suivre à la pointe du crayon un microorganisme: Vorticella et Euglena, essai nº 2.
   
La Galerie des arts visuels loge dans l’édifice La Fabrique, au 255, boulevard Charest Est. Heures d’ouverture: de 12 h à 17 h du mercredi au dimanche.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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