Arts

L’homme derrière le mythe

Benjamin René, chargé de cours à la Faculté de musique, décryptera les écrits de Beethoven dans le cadre d’une semaine d’activités entièrement consacrée au compositeur

Par : Matthieu Dessureault
Avec un pied dans le classicisme et un autre dans le romantisme, Beethoven est probablement le premier compositeur à lier aussi intimement son œuvre aux événements de sa vie.
Avec un pied dans le classicisme et un autre dans le romantisme, Beethoven est probablement le premier compositeur à lier aussi intimement son œuvre aux événements de sa vie.
Son nom est bien connu, tout comme ses œuvres, mais ce que plusieurs ignorent, c’est que Ludwig van Beethoven a laissé derrière lui un nombre impressionnant d’écrits. Ces documents, reproduits ici et là dans les ouvrages biographiques, jettent un regard fascinant sur sa création. «Ses correspondances, lorsque l’on prend le temps de les éplucher, nous renseignent sur une foule de choses. Il a écrit plusieurs lettres, dans lesquelles il s’adresse non pas à son destinataire, mais à l’humanité entière. Beethoven était au courant de son importance historique. Avant lui, les compositeurs se voyaient comme des artisans. Lui était très conscient de laisser un legs», explique Benjamin René.

Mardi prochain, à la Maison de la littérature, le musicologue donnera une conférence sur le sujet. Cette activité fait partie de la programmation de la semaine Beethoven, du 18 au 25 septembre. Ce projet, qui vise à souligner son œuvre, est une initiative de l’Orchestre symphonique de Québec, en collaboration avec Le Cercle – Lab vivant. Au programme figurent une série d’activités musicales et pédagogiques. Enrichie par la diffusion d’extraits de pièces, la présentation de Benjamin René portera sur les liens étroits entre les écrits et la musique du maestro.

Il sera question, entre autres, du Testament d’Heiligenstadt. Bien que destinée à ses frères Kaspar et Johann, cette lettre n’a jamais été envoyée. Écrite le 6 octobre 1802 à Heiligenstadt, où le compositeur demeurait, elle a été retrouvée 25 ans plus tard, soit après sa mort, dans un tiroir secret de son armoire. Pour la première fois, il y exprimait son désespoir face à sa surdité naissante. Il y parle aussi de son caractère asocial et ombrageux. «Il admet, dans cette lettre, avoir songé au suicide, puis il assure qu’il ne le fera pas, car il a une mission à réaliser: exprimer cette musique qu’il a en lui. Aujourd’hui, cette vision de l’artiste investi d’une mission n’est pas si extravagante, mais à l’époque, c’était du jamais vu», relate Benjamin René. Une période fort prolifique a suivi la rédaction de cette lettre, Beethoven composant la majorité de ses œuvres les plus célèbres, dont la Cinquième symphonie.

Retrouvée dans le même tiroir, la Lettre à l’immortelle Bien-aimée permet aussi de mieux saisir le personnage. Il s’agit de trois lettres d’amour, rédigées les 6 et 7 juillet 1812, alors qu’il suivait une cure thermale à la station de Teplice. Si l’identité de la destinataire demeure inconnue, une chose est sûre: elle aura une influence importante sur l’œuvre du compositeur. «Cette femme, qui représente son ultime tentative d’avoir une vie de couple, lui a inspiré un cycle de six lieder, À la bien-aimée lointaine. Par la suite, il a vécu des épisodes de dépression. Il est tombé dans une longue période de léthargie, au cours de laquelle il n’a pas composé grand-chose, pendant cinq ou six ans.»

En plus de ces lettres, Beethoven a laissé derrière lui d’innombrables carnets de conversation. Vers la fin de sa vie, sa surdité était telle que ses proches et ses visiteurs devaient lui écrire pour communiquer avec lui. Ils rédigeaient questions et réponses dans ces carnets, que l’artiste avait toujours en sa possession. De ces milliers de pages d’entretiens, on peut retracer des anecdotes de son quotidien à Vienne, en plus de trouver de l’information sur ses œuvres, alors en gestation.

Benjamin René prend un plaisir évident à se plonger dans tous ces écrits. À l’Université Laval, où il donne le cours Formation à la vie culturelle, ainsi qu’au Cégep de Sainte-Foy, où il enseigne la littérature musicale, il ne se fait pas prier pour partager sa passion. «Depuis toujours, j’affectionne Beethoven, que ce soit pour le jouer, pour en parler, pour l’écouter. Ce compositeur représente l’archétype de notre vision de l’artiste. Encore aujourd’hui, il est une figure entourée de mystère. On ne fera jamais entièrement le tour de son œuvre.»

Mardi 20 septembre, à 17h30, à la Maison de la littérature (40, rue Saint-Stanislas). L’activité est gratuite. Pour consulter la programmation complète de la semaine Beethoven: bit.ly/2bTLKWa.

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