Arts

Les dernières scènes

Au cinéma, l’image de Jésus suit le courant des transformations sociales

Par : Renée Larochelle
Aller au cinéma, c’est un peu comme aller à la messe. On entre dans une grande salle et on s’assoit, le regard fixé en avant, en attendant que le rituel commence. L’expérience en est une de transformation: petit à petit, nous allons nous laisser prendre par l’histoire qui nous est racontée et finir par croire que ce qui se déroule sous nos yeux est vrai. Dans la foulée de la projection s’opère une sorte de magie, tandis que le rêve d’une autre vie se profile à l’horizon. Demain sera sûrement mieux qu’aujourd’hui.

Deuxième scène: dès les débuts du cinéma, en 1895, le personnage de Jésus apparaît sur les écrans. Dans la manipulation de cette figure sacrée par excellence, les cinéastes s’en tiennent à une image classique et respectueuse du Christ, ne dérogeant ainsi pas au Dieu raconté dans la Bible. Jusqu’en 1960, la représentation de Jésus au cinéma reste quasi immuable. En 1964, le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini rompt radicalement avec cette tradition avec L’Évangile de saint-Mathieu, un film où, débarrassé de son aura d’intouchable, Jésus est présenté pour la première fois comme un révolutionnaire, un marxiste luttant contre l’ordre établi. Toute trace de surnaturel y est évacuée.

«À partir de ce moment, Jésus ne sera plus jamais le même au cinéma et sa représentation sera le reflet des transformations sociales de la société», a souligné Alain Bouchard, chargé de cours à la Faculté de théologie et professeur en sciences de la religion au Cégep de Sainte-Foy. Le théologien donnait une conférence intitulée «Jésus en messie-némascope», le 11 novembre, dans le cadre des Journées de sciences de la religion. En 1973, Jesus Christ Superstar, tiré de l’opéra rock du même nom, nous présente un Jésus résolument hippie, qui rejette l’ordre établi et la société de consommation. Cette transformation atteint son paroxysme quand Jésus refuse de suivre la voie qui lui a été tracée et décroche en quelque sorte de la croix dans La Dernière tentation du Christ de Martin Scorsese, qui fit grand bruit lors de sa sortie en 1980. «À cette époque, on commence à parler moins de religion et davantage de spiritualité, dit Alain Bouchard. On assiste alors à une entreprise de déconstruction de l’institution qu’est l’Église. L’image de Jésus qui est véhiculée au cinéma correspond aussi à une société axée sur l’individu.»

En 2004, coup de théâtre avec La passion du Christ de Mel Gibson. C’est le retour en force du surnaturel où on réaffirme publiquement que Jésus est véritablement le Fils de Dieu, mort sur la croix  pour sauver l’humanité. Il n’est pas un homme comme les autres, qu’on se le dise. «Tout se passe comme si le religieux sortait finalement du placard, constate Alain Bouchard. Par ailleurs, la mondialisation favorisant l’émergence des nationalismes, je pense qu’on verra apparaître dans les prochaines années un Jésus un peu plus institutionnel, qui va valoriser l’Église.»

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