Arts

Le cochon n'est pas de l'art

La troupe Les Treize clôt sa saison d’automne dans l’absurde avec des œuvres fortes de Réjean Ducharme et Jean-Michel Ribes

Par : Pascale Guéricolas
Cela fait quatre décennies qu’Ines Pérée et Inat Tendu, les deux adolescents imaginés par Réjean Ducharme en 1968 cherchent en vain un refuge auprès de leurs frères humains. Le sujet de la pièce Ines Pérée et Inat Tendu reste pourtant d’une actualité brûlante aux yeux de Louis Morin, l’interprète de l’un de ces enfants assoiffés d’amour, et directeur de production de la pièce présentée jusqu'au 30 novembre au Théâtre de poche. «La recherche d’acceptation sociale est encore vraie aujourd’hui, note l’étudiant en études théâtrales, d’autant plus que la chaleur humaine, le contact se perd peu à peu dans notre société.» Les deux personnages n’en finissent plus en effet de parcourir le monde à la recherche de celui ou de celle qui voudra bien leur ouvrir les bras. Sans éducation, ils ne connaissent pas les codes pour entrer en communication avec les autres et se faire aimer. Du coup, ils ne croisent sur leur route que des personnages qui les rejettent. Des personnages très désaxés eux-mêmes comme ce propriétaire d’asile pédophile ou cette mère parfaite, directrice d’une clinique vétérinaire, qui n’accepte que les enfants qu’elle a enfantés. Sans parler de la religieuse qui veut utiliser Inat Tendu pour assouvir ses désirs sexuels. Ce dernier, très naïf, ne se rend pas bien compte de la situation, même si son corps se sent attiré par cette femme. En raison de la complexité du texte de Réjean Ducharme, les comédiens misent sur un jeu très physique. Les mouvements éclatés, les pulsions corporelles contribuent au climat irréaliste de la pièce, tout comme le décor constitué d’objets qui s’affaissent au fur et à mesure que le spectacle avance. «Même si le propos est grave, Ducharme, en homme de lettres, s'amuse beaucoup avec les mots, souligne Louis Morin. Il en invente même pour alléger les scènes.»
   
L’autre pièce des Treize, Le cochon n’est pas de l’art, Jacques! à l’affiche au Théâtre de poche du 3 au 14 décembre, mise elle aussi sur le comique de la situation. Jugez plutôt. Le public y fait la connaissance d’un mari qui refuse obstinément d’aller magasiner des électroménagers sans sa perruque Louis XIV sous prétexte qu’elle lui a permis d’arrêter de fumer, d’un père qui ne connaît pas le prénom de sa fille adolescente dont il partage pourtant la vie, d’une professeure tellement ennuyeuse qu’elle dénature le sens de l’art devant ses étudiants. La quinzaine de textes qui s’enchaînent à un rythme enlevé proviennent tous de l’œuvre de Jean-Michel Ribes, un auteur et cinéaste français qui dirige actuellement un théâtre à Paris. «J’aime beaucoup les textes absurdes comme ceux des Monty Python ou des Kids in the Hall, un groupe ontarien, explique Joëlle Clouthier, la directrice de production et la metteure en scène à l’origine de ce collage. Les sketches de Jean-Michel Ribes font ressortir le côté grotesque de la vie en présentant des situations complètement loufoques, mais en même temps ils portent un regard critique sur la société.»
   
Une des scènes se révèle en effet particulièrement d’actualité en ces temps de campagnes électorales à répétition. Une politicienne décide de se présenter en toute franchise devant les caméras de télévision. Sans aucune gêne, elle assume publiquement ses détournements de fonds, les pots-de-vin transmis au p.-d.g. de la station de télé. Elle fait aussi une promesse solennelle à ses électeurs: s’ils l’élisent, ils n’entendront plus jamais parler d’elle! Autre thème abordé dans la pièce, l’art et le public qui le consomme. Trois textes, extraits de la pièce Musée haut, musée bas dont l’auteur Jean-Michel Ribes vient de faire un film tout juste sorti sur les écrans français, se penchent avec ironie sur les rapports parfois étranges entre les œuvres exposées et les visiteurs. En témoigne ce père de famille qui déambule avec sa femme dans une salle remplie de nus gréco-romains. Devant sa femme, il s’inquiète: a-t-il suffisamment parlé de sexe à ses enfants pour qu’ils puissent circuler sans crainte devant les statues? Une question qui résume bien l’esprit caustique de l’auteur français.
   
Le Théâtre de poche est situé dans le pavillon Maurice-Pollack et les représentations des deux pièces de théâtre ont lieu à 20 h. Le coût des billets est de 10 $ en prévente au local 2344 du pavillon Alphonse-Desjardins et de 12 $ à la porte.

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