Arts

L’art qui mène à l’art

Enseignant en arts plastiques, programmateur, commissaire d’exposition, le baccalauréat en arts visuels mène à de nombreuses avenues insoupçonnées

Par : Claudine Magny
Marianne Ferland, <em>Elle(s)</em>, métal, plâtre et argile
Marianne Ferland, <em>Elle(s)</em>, métal, plâtre et argile

Pour bien des gens, faire une formation universitaire en arts visuels ne mène pas à un métier dans le domaine. Et pourtant. Béatrice, Mathieu et Valérie, tous trois finissants du baccalauréat en arts visuels et médiatiques, sont de parfaits exemples que leur vie se poursuivra bel et bien, en tout ou en partie, dans leur domaine favori.

Tous les trois exposent d’ailleurs présentement à l’exposition des finissants intitulée Spacieux local. Un vrai miracle pour eux.

«C’est un peu surréel tout ça… car on craignait que notre expo n’allait jamais avoir lieu, affirme Béatrice Paradis-Lebel. Lors du vernissage, on se disait à la blague que le mot d’honneur, c’était “malgré tout”. Oui, car malgré tout ce qui se passe en ce moment, on a réussi à faire quelque chose de très beau et nous en sommes tous très fiers et fébriles!»

«C’est vraiment un soulagement, un aboutissement pour eux, puisque ça leur a pris beaucoup de patience, de persévérance et d’autonomie, des qualités qui sont d’ailleurs recherchées chez les artistes, souligne Georges Azzaria, directeur de l'École d'art de la Faculté d'aménagement, d'architecture, d'art et de design. En raison de la pandémie, leur exposition devait avoir lieu exceptionnellement à l’extérieur du campus. Or, ils ont décidé de tout prendre en main en trouvant un local, en l’aménageant et en planifiant toute l’exposition.»

Et il y avait aussi la date. La traditionnelle exposition des finissants ayant lieu habituellement en mai, celle-ci devait être reportée en septembre. Voilà d'ailleurs pourquoi certains étudiants ont décidé, de leur propre initiative, de réaliser une exposition temporaire sur le compte Instagram de la Galerie des arts visuels en juillet dernier. Cependant, une chose était claire pour eux: il n'était pas question d’annuler l'exposition des finissants.

«C’est un moment crucial et très important pour eux, car cela marque le passage entre la fin de l’école et le début de leur vie professionnelle, mais surtout, il s’agit du fameux moment où ils nous montrent qui ils sont comme artistes et ce qu’ils ont appris, explique le directeur. Cela est donc à la fois très confrontant et assumé, puisque c'est l’aboutissement d’une démarche personnelle qui aura duré trois ans.»

<em>Fleurs d’hiver et petites nuits</em>, encre sur papier maison, bois et lumières DEL. L’artiste Valérie Turcotte a créé un livre d’artiste long de vingt pieds présentant à la fois les étapes de sa vie et celle de sa grand-mère Marie-Jeanne, âgée de 89 ans, un poème et des images photographiques résultant de la juxtaposition de plusieurs photos de famille.

Tout comme tous ses collègues d’études, Valérie rêve de ne jamais cesser de pratiquer son art et… d’enseigner. Baccalauréat en arts visuels et médiatiques en main, celle-ci a décidé d’amorcer un diplôme d'études supérieures spécialisées en enseignement collégial. «Ma responsable de stage était présente au vernissage! Déjà, nous avons créé de très beaux liens et tout ceci est très motivant pour moi. Mon idéal? Enseigner tout en gardant une pratique artistique on the side», affirme la jeune femme tout sourire et visiblement fière de ce qu’elle a réalisé jusqu’ici.

<em>Grass Always Greener</em>, encre sur carton, bois et métal. Pour l’exposition, Béatrice Paradis-Lebel a créé un livre géant dans lequel elle dit se plonger dans l’univers des enluminures médiévales. À l’aide d’une loupe, l’artiste nous invite à parcourir l’ouvrage massif qu'elle a créé et à «fouiller dans les méandres sensibles et sensuels des illustrations».

Quant à Béatrice, celle-ci est déjà sur le marché du travail. Elle occupe un emploi au gouvernement. Bien que celui-ci ne soit pas dans son domaine fétiche, elle continue de réaliser et de vendre ses œuvres, en parallèle, tout en pratiquant le tatouage. L’identité queer, le trauma, les agressions sexuelles et l’émancipation par rapport à ces sujets sont des thèmes récurrents chez cette artiste.

<em>I Guess I Am A Real Cowboy</em>, vidéo et installation. La pratique artistique de Mathieu Bouchard consiste principalement à créer de toutes pièces un personnage, à se mettre dans sa peau, puis à créer littéralement, par des mises en scène et des installations diverses, son univers. Une installation présentant Kalimera Johnson - chanteur country aux origines obscures et sex-symbol - est l'une de ses deux oeuvres présentées dans le cadre de l’exposition.

Pour Mathieu, l’art est essentiel à la vie. «On pense principalement, et avec raison, aux travailleurs essentiels dans le contexte actuel. Oui, on a besoin d’eux, oui, ils sont hyper importants. Mais pour moi, l’art et la vie sont intimement liés; ils sont tout autant un besoin et une raison d’exister.» L'étudiant, qui rêve de vivre de sa pratique, a pour projet d’entamer une maîtrise dans son domaine chouchou. Pour la suite? Tout dépendra!

Malgré la croyance populaire, les étudiants en arts visuels et médiatiques travaillent majoritairement dans les domaines de la culture et des arts une fois leurs études terminées. C'est du moins ce qu'a révélé un rapport interne mené par le Service de placement de l'Université Laval (SPLA) en 2018.

«Que la grande majorité des artistes aient de la difficulté à vivre uniquement de leur pratique, c'est un phénomène connu, historique et mondial, souligne Georges Azzaria. Toutefois, ce qu’on constate, c’est aussi qu'une très grande majorité va continuer à produire des œuvres, tout en travaillant dans le milieu de la culture et des arts. En effet, bon nombre d’entre eux deviennent enseignants, programmeurs, programmateurs, directeurs artistiques, commissaires, etc. Bref, j’ai juste envie de dire aux étudiants finissants que ce n’est pas du tout un adieu qu’on leur fait, mais plutôt un “On se revoit bientôt!”»

* Notez que plusieurs étudiants ont également leurs propres comptes personnels d’artistes sur Instagram et/ou Facebook.



Jessica Laporte Dit Cussy, <em>Zavaboary,</em> plantes, métal, bois et plâtre

Université Laval

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