Arts

L'affaire du collier

Les finissants en études théâtrales traquent l’humanité avec Le collier d’Hélène de Carole Fréchette

Par : Pascale Guéricolas
Hélène, une Québécoise en visite à Beyrouth, égare son collier. La belle affaire, semblent lui dire plusieurs des Libanais qu’elle croise et interroge à ce sujet. Citoyens d’un pays où les cycles de destruction et de reconstruction se succèdent à un rythme effréné depuis les années 1970, plusieurs d’entre eux ont subi des pertes autrement plus dramatiques que les perles en plastique blanc de cette Occidentale un peu désorientée. Caroline St-Louis, qui joue Hélène, évoque pourtant l’importance symbolique de cet objet pour une femme loin de chez elle et de ses repères. «Lorsqu’elle a acheté le collier, elle se sentait forte, et elle cherche à retrouver cette Hélène-là», explique la jeune femme.

La quête de ce bijou de pacotille constitue l’élément central du Collier d’Hélène puisque l’héroïne parcourt une cité en chantier pour le retrouver. Cependant, cette quête ne se limite pas à un objet matériel. En montant ce texte écrit au Liban en 2001 par la dramaturge québécoise Carole Fréchette, l’équipe de cinq finissants en études théâtrales cherche à montrer que la pièce permet aux différents personnages de révéler leur humanité, de s’ouvrir. «Nous n’avons pas voulu présenter les méchants Occidentaux face aux gentils Orientaux, c’est l’échange qui nous fait grandir, et le dialogue», indique Dominique Deblois, responsable de la direction d’acteur. «Quand on change de contexte, on change de réalité, et on ne peut banaliser sa perte sous prétexte qu’elle semble futile aux yeux de gens qui ont tout perdu», renchérit Geneviève Fortin-Ratté, actrice et scénographe.

Aux yeux des finissants qui travaillent sur la pièce depuis septembre dernier, la rencontre constitue donc la matière principale du propos théâtral. Des rencontres qu’ils ont choisi d’illustrer par les mots de Carole Fréchette, bien sûr, mais aussi par les émotions que vivent les différents protagonistes au contact d’Hélène. Par exemple, même si Nabil, le guide d’Hélène, ne comprend rien au flot de paroles que la Québécoise déverse sur lui, il se montre sensible à son endroit. «En variant le ton des deux seuls mots qu’il connaît en français, stop et taxi, Nabil parvient à rencontrer Hélène. Il lui permet aussi d’aller au plus profond d’elle-même en la guidant dans ses rencontres», précise François Cattin qui incarne le Libanais et plusieurs autres personnages.

La troupe de finissants a donc opté pour une narration poétique, parfois un peu hors du temps. À l’image, finalement, des monologues d’Hélène qui évoquent souvent son passé. Pour soutenir le propos, un décor très simple de rideaux de tissus amovibles se transforme, selon le jeu de lumière, en ruelle populeuse, en café ou en d’autres lieux urbains, tandis que la trame sonore préparée par Josée-Anne Labrousse évoque une cité bruissante d’activités. «Il y a toujours un grondement, un chantier, des oiseaux, une prière dans le lointain qui nous font voyager dans la ville», note-t-elle. Des enregistrements du texte permettent par ailleurs aux comédiens d’offrir de nouvelles images sur scène au public. Les finissants ont consacré de très longues heures à ce travail sous la supervision de leur professeur, le metteur en scène et comédien Jacques Lessard. Un projet dans lequel le quintette s’est profondément investi, car il constitue l’aboutissement de leur baccalauréat en études théâtrales.

Le collier d’Hélène est présenté du 12 au 16 avril au Studio-théâtre du pavillon Charles-De Koninck (local 1270), à 20 h. Prix des billets: 5 $.

Université Laval

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