Arts

La vraie dureté du mental

Aux Presses de l’Université Laval, des philosophes jettent un regard nouveau et rafraîchissant sur le hockey

Par : Yvon Larose
Le hockey, ce sport rapide, rude et spectaculaire, serait-il davantage un art qu’un sport? Quels liens ont en commun l’aréna et l’arène politique? Les gardiens de but sont-ils tous de grands angoissés? Ces questions pour le moins surprenantes sont quelques-uns des aspects soulevés dans La vraie dureté du mental, sous-titré Hockey et philosophie, un ouvrage collectif publié récemment aux Presses de l’Université Laval. En tout, 15 passionnés de philosophie et de hockey réfléchissent sur ce sport sous les angles de la philosophie sociale et politique, de la mythologie et la métaphysique, et des enjeux éthiques et esthétiques.

Christian Boissinot, professeur de philosophie au Collège François-Xavier-Garneau, à Québec, et codirecteur de l’ouvrage, s’est penché sur le phénomène de la violence au hockey. «Ceux qui s’affichent pour les bagarres avancent, comme le faisait le philosophe anglais Hobbes au 17e siècle, que l’homme, à l’état naturel, est un loup pour l’homme, un être de passions violentes, explique-t-il. Or, l’humain ne se réduit pas à sa biologie. La très vaste majorité des philosophes ont soutenu la thèse d’une possible prise de distance à l’égard de la nature. Nous sommes des êtres d’antinature. Tout le processus civilisationnel va à l’encontre de l’hypothèse que nous soyions des êtres violents.»

La vraie dureté du mental est le premier de la collection «Quand la philosophie fait pop!». Christian Boissinot et Normand Baillargeon, ce dernier professeur de philosophie à l’UQAM, en sont les codirecteurs. Selon Christian Boissinot, la philosophie populaire a sa place dans la société moderne. «Un de nos objectifs, indique-t-il, consiste à renouer avec les origines de la philo. Nous voulons prendre nos distances à l’égard des questions fondamentales comme “Qu’est-ce que le beau?” ou “Qu’est-ce que la mort?” pour nous intéresser à la culture populaire. D’ailleurs, des questions fondamentales se posent dans la culture populaire. C’est assez évident dans le livre.»

Cet ouvrage de 263 pages est préfacé par le journaliste sportif Jean Dion. Celui-ci raconte, d’entrée de jeu, les prouesses d’Ilya Bryzgalov, le gardien de but russe des Ducks d’Anaheim, durant les séries éliminatoires de la Coupe Stanley de 2006. Dans une entrevue, Ilya Bryzgalov a révélé qu’il lisait des ouvrages de philosophie depuis quelques années. «J’aime la philosophie, disait-il, elle m’aide dans la vie.»

Au fil des pages, Anouk Bélanger et Fannie Valois-Nadeau expliquent l’attachement symbolique, émotionnel et historique des Québécois pour le mythe entourant les Canadiens de Montréal. Jean Grondin rappelle que le hockey, ce sport «immensément viril, introduit un souffle de transcendance, offre du spectaculaire et procure des moments d’extase», et ce, dans des amphithéâtres qui sont des temples, les joueurs d’élite étant considérés comme des dieux. Daniel Weinstock, lui, dénonce l’abolition des matchs nuls dans la Ligue nationale de hockey (LNH). «La croyance, écrit-il, selon laquelle, dans la vie, il y a toujours des gagnants et des perdants, est une mauvaise leçon de vie.» Normand Baillargeon y va d’une proposition: que la LNH crée un trophée récompensant le joueur dont le jeu incarne le mieux les dimensions esthétiques bien réelles du hockey afin de «manifester une indispensable part de ce qui fait de nous des êtres humains».

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