Arts

La vie secrète des gens malheureux

Dans Cartes postales de l’enfer, le professeur de création littéraire et romancier Neil Bissoondath explore la complexité des identités fabriquées

Par : Renée Larochelle
Tout le monde a des secrets dans la vie. L’une des grandes libertés de l’existence consiste à dévoiler ce qu’on veut montrer et à cacher le reste. Dans ce contexte, vivre selon sa véritable identité, changeante au fil des jours mais bien réelle, représente le chemin emprunté par la plupart des gens. C’est tout le contraire pour Alec et Sue, les deux personnages principaux du dernier roman de Neil Bissoondath, Cartes postales de l’enfer, qui, eux, vivent dans le mensonge. Pour faire leur place au soleil, pour être aimés, ils décident de s’inventer une autre vie, celle qui a un sens pour eux, mais qui ne les rendra pas nécessairement plus heureux.

«Les secrets sont des outils dont on se sert pour se créer une identité, dit Neil Bissoondath, professeur de création littéraire au Département des littératures. Mais l’identité n’est jamais simple. On fait constamment des choix. On s’interroge sur ce qu’on est, sur ce qu’on veut être. Nos actions dépendent toujours de la situation dans laquelle on se trouve à un moment donné de notre vie.» Publié chez Boréal, le dernier roman de Neil Bissoondath se déroule à Toronto. Deux jeunes y cherchent leur voie. Alec s’affiche comme homosexuel alors qu’il ne l’est pas. Dans son métier de décorateur d’intérieur, cette orientation différente lui ouvre bien des portes, semble-t-il. Lors de sa première rencontre avec Sue, une jeune indo-canadienne qui tente de sortir du carcan culturel et religieux imposé par ses parents, il dira qu’il est peintre en bâtiment. Sue mentira aussi sur sa propre identité, bien que son plus profond désir soit d’être elle-même. Les deux se dirigent vers la catastrophe, car on ne ment pas impunément. 

Les fruits de l’imagination
«Je voulais parler des identités fabriquées et de leur complexité, souligne le romancier. Comme d’habitude, j’ai laissé agir mes personnages sans entraves et je les ai laissés parler, tout simplement.» Quand il s’installe devant son ordinateur le matin pour écrire, Neil Bissoondath ne sait jamais à l’avance ce qui va arriver à ses personnages. Comme eux, il attend la suite de l’histoire. Il travaille sans plan, attentif aux signes, n’ayant pour tout guide que le fil conducteur de son imaginaire. Au bout de deux ou trois pages, il s’arrête généralement, mais seulement s’il est satisfait de ce qu’il a écrit, précise-t-il. Le reste de la journée, il n’y pense plus. Le même rituel se répète, jour après jour. «Je n’ai qu’à ouvrir la porte à mes personnages et l’action se met en branle, explique le romancier. Après tous les livres que j’ai écrits, j’ai fini par comprendre comment fonctionne mon imagination.»

Neil Bissoondath prendra congé de ses étudiants l’automne prochain pour une année. Ses projets? Écrire un recueil de nouvelles ainsi qu’un livre sur l’Espagne, pays qui le fascine depuis toujours et sur lequel il a accumulé des connaissances depuis une vingtaine d’années. «Le livre mettra en scène des personnages fictifs et des personnages historiques à l’époque de la Reconquête au 15e siècle, annonce-t-il. Ce ne sera ni un roman ni un livre d’histoire, promet-il. Et il n’y aura aucun dialogue.»

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