Arts

La fille des cieux

La troupe Les Treize donne des couleurs de bédé à la pièce Le songe d’August Strindberg

Par : Pascale Guéricolas
Les Treize, sur la scène du Théâtre de poche: l'amour sous toutes ses formes se trouve au c?ur de l'existence humaine.
Les Treize, sur la scène du Théâtre de poche: l'amour sous toutes ses formes se trouve au c?ur de l'existence humaine.
Paradoxe, c’est une actrice en chair et en os qui joue le rôle d'Agnès, fille des cieux, descendue de son royaume divin tandis que plusieurs des personnages humains qu’elle croise sur son chemin prennent vie par l'entremise de marionnettes en tissu. Depuis un an, la metteure en scène Odré Simard porte en elle le rêve de monter la pièce de théâtre Le songe, écrite par l’auteur suédois August Strindberg en 1901. Dès le début, elle a imaginé que la plupart des terriens que la jeune fille rencontrerait seraient des marionnettes à tige, à gaines habitées, des masques ou encore des poupées de bunraku, ces marionnettes qui nécessitent plusieurs manipulateurs. Seules exceptions, les trois hommes dont Agnès se sent le plus proche.

Envoyée sur Terre pour constater la souffrance des hommes, la jeune fille se promène d’un décor à l’autre, accompagnée tour à tour par l’officier, l’avocat et le poète, personnages qui lui servent de guides dans cette étude de la condition humaine. Des personnages dans lesquels l’auteur s’est en partie incarné. Très vite, Agnès constate que l’amour sous toutes ses formes se trouve au cœur de l’existence humaine, mais qu’il n’a rien de facile. «C’est un texte très beau, avec de fortes images, témoigne Odré Simard, étudiante à la maîtrise en études théâtrales. Avec cette pièce, Strindberg passe d’un théâtre naturaliste à un théâtre plus symbolique et expressionniste.»

Humour et crise du sens
On raconte que Le songe illustre la crise mystique que vivait l’auteur à cette époque. Soucieuse de ne pas alourdir inutilement le propos, la metteure en scène a délibérément écarté plusieurs des références religieuses du texte. Elle a conservé par contre la porte mystérieuse qui semble cacher le sens de la vie, et que les personnages tentent tour à tour d’ouvrir. Quel secret de l’existence se cache-t-il derrière? «Dans la pièce, on change très vite de temps et de lieux comme dans un rêve, mais la porte est toujours présente, car la quête de sens touche tous les personnages», précise Odré Simard. Agnès ne se contente pas d’observer la vie des mortels, elle l’expérimente aussi. Tour à tour, elle fréquente l’officier, un amoureux romantique mais enfermé dans ses souvenirs, l’avocat avec lequel elle se frotte à la souffrance, et le poète en qui elle trouve une parcelle d'âme sœur.

Même si le propos de la pièce de Strindberg s’avère assez pessimiste, la metteure en scène a voulu lui donner un style résolument bande dessinée plutôt comique, une façon de montrer que l’humour facilite la vie. En faisant interpréter les personnages par des marionnettes, le propos s’allège. Par exemple, le couple de jeunes mariés, terrorisé à l’idée qu’il ne revivra plus un bonheur semblable dans son existence, choisit de se suicider en se jetant à l’eau. Lorsque le spectateur voit qu’il s’agit de personnages de chiffon, dotés en plus de drôles de voix, ce geste dramatique prend une tout autre dimension. Même chose avec le décor en carton-pâte de style enfantin et la musique interprétée au tuba par Odré Simard, accompagnée d’un accordéoniste et d’un banjo. Bref, la vie est déjà difficile, pas besoin en plus de la subir en pleurant…

Le songe sera joué jusqu'au 31 janvier, à 20 h, au Théâtre de poche du pavillon Maurice-Pollack. Les billets sont en prévente au coût de 10 $ au Bureau de la vie étudiante, au local 2344 du pavillon Alphonse-Desjardins. À la porte, les soirs de représentation, le coût d’entrée est de 12 $. Information: 418 656-2765 ou www.lestreize.asso.ulaval.ca.

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