Arts

J'aime, je n'aime pas…

Notre appréciation d'une oeuvre d'art dépend de plusieurs facteurs, dont notre état émotionnel et notre appartenance culturelle, révèle le livre L'art en soi

Par : Matthieu Dessureault
Le livre fait suite à une exposition interactive, présentée à la Villa Bagatelle en 2015. Munis d'un audioguide et d'un cahier de notes, les visiteurs étaient invités à répondre à des questions liées à des toiles, des sculptures et des vidéos.
Le livre fait suite à une exposition interactive, présentée à la Villa Bagatelle en 2015. Munis d'un audioguide et d'un cahier de notes, les visiteurs étaient invités à répondre à des questions liées à des toiles, des sculptures et des vidéos.
Faites le test: prenez une oeuvre d'un artiste émérite, disons Jean-Paul Lemieux ou Alfred Pellan, et observez-la. Si on vous apprend que cette toile provient en fait d'un artiste inconnu, la verrez-vous de la même façon? Probablement pas. L'état d'esprit et le contexte dans lesquels se trouve l'observateur changent sa perception. Le fait de connaître la réputation d'un artiste crée une activation d'une partie du cerveau associée aux émotions. Ainsi, vous serez plus enclin à vous sentir interpellé par une oeuvre si vous croyez qu'elle provient d'un grand musée.

Ce phénomène est bien expliqué dans L'art en soi, un livre paru récemment aux Presses de l'Université Laval. Les auteurs, Simon Grondin et Dany Quine, respectivement professeur à l'École de psychologie et enseignant en histoire de l'art au Cégep Garneau, nous font découvrir les mécanismes cérébraux qui sont en jeu dans la contemplation d'une oeuvre. Réunissant plusieurs reproductions, dont des créations de Jean-Paul Riopelle, Clarence Gagnon et Napoléon Bourassa, ils proposent une série d'activités amusantes et éducatives. «On invite les gens à découvrir ce qu'il y a à l'intérieur des toiles, mais aussi à l'intérieur d'eux-mêmes. Des mécanismes biophysiologiques, l'état émotionnel, le fait d'appartenir ou non à une certaine culture et d'avoir des connaissances sur l'oeuvre s'avèrent déterminants dans son appréciation», explique Simon Grondin, spécialiste de la psychologie de la perception.

Le livre propose, par exemple, de comparer deux toiles d'Henri Beau: un paysage et le portrait d'une femme. La plupart des lecteurs auront un penchant pour le paysage. Ceci s'explique par le fait que les scènes extérieures sont généralement préférées, en vertu de l'effet psychologique qu'elles procurent. Des recherches associent cette inclinaison à nos origines lointaines, à l'époque où l'espace naturel était indispensable à notre existence, soulignent les auteurs dans l'ouvrage. D'autres exercices portent sur le fonctionnement de la vision. Pourquoi une tache sombre sur un mur blanc paraît-elle lumineuse au milieu d'un paysage? Pour quelle raison croirons-nous percevoir un visage ou un animal au milieu d'une peinture abstraite? D'étonnantes réponses, qui apportent par la même occasion un nouveau regard sur les oeuvres, sont données. «Notre but est de démystifier l'art, dit Simon Grondin. Certes, il y a des courants plus difficiles d'accès. C'est normal de ne pas se sentir interpellé par tout. Avec cet ouvrage, toutefois, on invite les gens à prendre le temps de regarder une oeuvre pour mieux la comprendre. Il leur appartient, ensuite, de se laisser toucher par celle-ci. L'art en soi, c'est un jeu de mots pour dire qu'il y a l'art en soi, l'art pour ce qu'il est, mais aussi l'art à l'intérieur de chacun de nous.»

Ce livre, un projet qui découle d'un mandat de la Ville de Québec, fait suite à une exposition présentée l'an dernier à la Villa Bagatelle. Munis d'un audioguide et d'un cahier de notes, les visiteurs étaient invités à répondre à des questions liées à des toiles, des sculptures et des vidéos d'artistes québécois. Comme dans le livre, ils pouvaient ensuite découvrir le rôle que jouent les perceptions dans la contemplation de ces oeuvres. «L'exposition a connu un beau succès, se souvient Dany Quine. Les participants étaient été très emballés; nous avons reçu plusieurs commentaires dithyrambiques. Des néophytes, qui ne connaissaient rien à l'art, nous ont dit qu'ils sont plus enclins, désormais, à visiter des galeries et des musées.»

Tout indique que l'exposition sera de retour, puisque d'autres établissements muséaux ont démontré de l'intérêt pour adapter son concept à leurs collections. Les auteurs ont également comme projet de publier une version anglophone du livre. Une belle façon de faire découvrir ou redécouvrir nos artistes québécois à un plus large public!

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!