Arts

Fiches n'chips

Babioles cinglées, œuvres ludiques et fichus détournements à la Galerie des arts visuels

Par : Pascale Guéricolas
Isabelle Clermont et son carnet déplié.
Isabelle Clermont et son carnet déplié.
Un soir, Pascale Bonenfant, étudiante à la maîtrise en arts visuels, s’amusait avec sa colocataire à découvrir des fiches d’artisanat vieilles de trois décennies que cette dernière venait d’acquérir dans un magasin d’objets usagés. Comment exécuter un ouvrage de broderie, construire une boîte à jouets, bâtir un vitrail, tresser une échelle de corde, ces fiches fournissaient autant d’explications techniques qui donnaient une vision de la passion du Québec d’alors pour le bricolage. «Lorsque le groupe des étudiants à la maîtrise s’est mis à réfléchir à une idée commune pour notre exposition, j’ai pensé à cette boîte de fiches», raconte la jeune fille. C'est donc à partir de cette idée qu'a été créée l'exposition Fiches n'chips, dans laquelle sont réunies les œuvres de quinze étudiants à la maîtrise en arts visuels. Chacun et chacune a pigé parmi les très nombreuses propositions offertes pour s’inspirer. Certains ont retenu l’image de la fiche pour démarrer leur création, d’autres des couleurs ou un titre. «On aime bien le côté rétro des années 70 et l’intérêt pour les objets récupérés, souligne Olivier Desjardins. Le fait que plusieurs étudiants viennent du design graphique explique aussi l’attrait pour un support comme des fiches.»
   
Le texte imprimé tient d’ailleurs une grande place dans quelques œuvres exposées. Avec sa boîte bibliographique, Olivier Desjardins s’est amusé à décliner les différents sens possibles du mot support. Il a imprimé sur du carton un texte d’art conceptuel, source possible d’une recherche universitaire. Découpé en forme de boîte qu’on peut ensuite replier, ce support trouve naturellement sa place sur une barre recueillant habituellement des vêtements. Le long carnet déplié en accordéon d’Isabelle Clermont affiché sur le mur d’en face invite également à la lecture. Dans son cas, l’inspiration vient d’une fiche représentant une carte de la France et d’un bout de phrase, «1 200 000 pas plus tard». «Depuis plusieurs années, je tente de rapprocher mes deux passions, la vie sportive et la vie d’artiste, indique cette adepte de la marche rapide qui a maintenant renoncé à la compétition. L’été dernier, j’ai fait le chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle et j'ai laissé les pensées et les dessins surgir en marchant, puisque souvent je ne m’arrêtais pas pour écrire ou dessiner.» Le résultat se lit comme un roman. L’artiste traduit parfois la douleur provoquée par la marche sous forme d'un graphique rouge tandis que sur la page d’en face l’angle tordu d’une maison espagnole fait écho à ses torsions corporelles.
   
Une autre des lignes directives de cette exposition collective autour de l’artisanat, c’est le clin d’œil aux objets récupérés. Pascale Bonenfant, par exemple, construit un univers en miniature autour d’un des piliers de la salle. À l’aide du rouge et vert de sa fiche, elle a choisi quelques éléments dans sa riche collection de petits objets trouvés pour créer des ensembles inusités. Un dé à coudre vient coiffer un petit cône en bois, un capuchon de stylo voisine avec une boucle d’oreille. «Selon moi, cela donne un nouveau sens à ces objets insignifiants, raconte cette ancienne graphiste. En les associant, ils finissent par prendre une nouvelle signification.» Son voisin d’exposition collectionne aussi les rebuts dont personne ne veut. Charles Fleury a d’ailleurs construit une drôle d’installation autour d’un tuyau de métal en croix à partir d’un inventaire hautement hétéroclite. Cet amas de pièces détachées, de mécanismes dépareillés, de bouts de plastique traduit à ses yeux notre trop-plein de consommation. «Aujourd’hui, quand on est malheureux, on ne va plus à l’église, mais s’acheter un jean, constate-t-il un brin philosophe. En ces temps de perte du sacré, l’objet devient un totem.»
   
L'exposition se tiendra jusqu'au 23 mars, à la Galerie des arts visuels, située au 255, boulevard Charest Est, dans l'édifice La Fabrique. La Galerie est ouverte du mercredi au vendredi de 11 h 30 à 16 h 30 et les samedis et dimanches de 13 h à 17 h.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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