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Festival de cinéma de la ville de Québec
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Arts

Les filles en plan

La représentation des hommes et des femmes dans le cinéma québécois souffre d'un certain déséquilibre, révèle une étude de la sociologue Anna Lupien

Par : Renée Larochelle
Scène tirée du film Starbuck, comédie réalisée par Ken Scott en 2011. Le héros et grand donneur de sperme devant l'Éternel, David Wozniak, (Patrick  Huard) rencontre l'un de ses  533 descendants.
Scène tirée du film Starbuck, comédie réalisée par Ken Scott en 2011. Le héros et grand donneur de sperme devant l'Éternel, David Wozniak, (Patrick Huard) rencontre l'un de ses 533 descendants.
C'est ce qu'on pourrait appeler un cercle vicieux: au Québec, la plupart des longs métrages de fiction sont réalisés par des hommes, qui accordent pour la majorité le premier rôle à un homme. Avec le résultat que le public s'habitue à se faire raconter des histoires d'un point de vue masculin. Cette situation ne peut qu'influencer (positivement, négativement?) notre imaginaire collectif, estime la sociologue Anna Lupien, auteure principale d'une étude ayant pour titre L'avant et l'arrière de l'écran. Elle en a livré les conclusions lors d'un récent midi-recherche organisé par la Chaire Claire-Bonenfant. L'étude a été réalisée en collaboration avec le collectif Réalisatrices équitables et la sociologue Francine Charest.

Pour la période couvrant 2011 pour les réalisateurs, et 2010-2011 pour les réalisatrices (afin d'avoir un point de vue féminin plus substantiel, souligne la chercheure), Anna Lupien a recensé 899 personnages parlants dans les 40 films étudiés, dont douze avaient été tournés par des femmes, avant d'en examiner 290 plus finement. Chez les réalisateurs, 72% des premiers rôles étaient incarnés par des hommes, tandis que 62%  l'étaient par des femmes chez les réalisatrices. La beauté, la minceur et la jeunesse figuraient au premier plan chez les films signés par des hommes: parmi les personnages féminins, 66% avaient 40 ans et moins, étaient minces et correspondaient aux standards de beauté dominants. Chez les réalisatrices, cette proportion s'établissait à 42%.   

Côté nudité, les réalisateurs présentaient globalement plus de femmes nues en dehors des scènes de relations sexuelles, de même que davantage de femmes habillées sexy ou montrant des signes de disponibilité sexuelle. Sous la caméra des hommes, le corps de la femme était aussi plus «fragmenté», en ce sens qu'un gros plan sur les jambes, la poitrine, la nuque ou les fesses d'une actrice servait souvent de présentation du personnage. Par ailleurs, la majorité des positions d'autorité – lorsqu'un personnage commandait, dirigeait, ordonnait, punissait, exerçait son pouvoir de chef, en somme – étaient attribuées à des hommes, et ce, tant par les réalisateurs que par les réalisatrices. Toutes proportions gardées, la violence était cependant beaucoup plus présente dans les films signés par des hommes.

C'est volontairement qu'Anna Lupien ne nomme aucun des 40 films analysés. «L'idée ne consistait pas à pointer du doigt les créateurs et les créatrices mais à brosser un tableau de la situation actuelle, précise-t-elle. Nos écoles de cinéma comptent presque autant de femmes que d'hommes, mais cela ne se reflète pas dans la pratique. Par exemple, à ce jour, les réalisatrices obtiennent moins de 15% des budgets accordés par la SODEC et par Téléfilm Canada.» Est-ce parce que les femmes tournent davantage de films d'auteurs et de documentaires que d'oeuvres commerciales? Des recherches précédentes montrent que les femmes ont davantage de difficulté à obtenir les budgets élevés nécessaires à la production de films à grand déploiement, indique Anna Lupien.

Le Québec n'est évidemment pas le seul endroit sur terre où les représentations des hommes et des femmes au cinéma manquent d'équilibre, constate la chercheure. Chez nos voisins du Sud,  dans les films sélectionnés aux Oscars entre 2007 et 2010, on dénombrait 33% de femmes parmi 1425 personnages parlants. Cela nous montre à quel point le cinéma est fortement influencé par le sexe… des cinéastes. «Les hommes et les femmes ont une perspective différente sur la société et cette vision se perpétue au cinéma, conclut Anna Lupien. Un peu plus d'équilibre enrichirait donc grandement le paysage cinématographique.»

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