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Festival de cinéma de la ville de Québec
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Arts

Histoires à mourir debout

Loin d’être figée dans le temps, la figure du zombie au cinéma a évolué au cours des ans

Par : Renée Larochelle
Même s'ils donnent des frissons dans le dos, les zombies de Night of the Living Dead (1968) ont une allure moins effrayante que leurs successeurs.
Même s'ils donnent des frissons dans le dos, les zombies de Night of the Living Dead (1968) ont une allure moins effrayante que leurs successeurs.
Dans I walked with a zombie, tourné en 1943 et considéré comme l’un des premiers films du genre, les zombies ne sont pas vraiment différents des êtres humains. Si ce n’était leur regard fixe et vide, on pourrait presque les confondre avec des individus normaux. Un quart de siècle plus tard, en 1968, le film culte de George Romero, Night of the Living Dead, montre des zombies à la démarche erratique et à la bouche ensanglantée. Même s’ils donnent des frissons dans le dos, leur allure est toutefois moins effrayante que celle des zombies au corps en décomposition qu’on trouve dans 28 Days Later (2002), pour ne citer que cet exemple.

Mais il n’y a pas que l’apparence physique qui change chez les zombies, au fil des décennies: leur comportement se transforme également, constate Marie-Ève St-Gelais, dont le mémoire de maîtrise en cinéma porte sur l’évolution de la figure du zombie au cinéma.

«Les zombies sont de plus en plus violents et agressifs, remarque l’étudiante au Département des littératures. Le besoin de se nourrir devient secondaire comparativement à leur instinct meurtrier. Ils sont aussi beaucoup plus rapides. Dans Zombieland, sorti en 2009, on les voit poursuivre leurs victimes à une vitesse effarante. Ils sont littéralement infatigables.» 

Les zombies «intelligents», capables de se servir d’une arme ou d’un outil sont aussi plus répandus dans les films récents comme dans Land of the Dead (2005). Sans compter qu’ils s’améliorent sur le plan de la communication. En effet, s’ils sont le plus souvent silencieux, il leur arrive d’émettre des grognements ou même de parler. On voit ainsi un zombie avoir un semblant de conversation dans Return of the Living Dead 2, tourné en 1988.
 
«Le zombie cherche toujours à nous dire quelque chose sur la société où il voit le jour, souligne Marie-Ève St-Gelais. Pensons à I Walked with a Zombie qui parle des limites de la science ou à Day of the Dead, sorti en 1985, considéré comme une métaphore de la peur et des angoisses liées à la guerre froide. Certains spécialistes voient même 28 Weeks Later, sorti en 2007, comme une allégorie de la guerre en Irak. En somme, les films de zombies seraient porteurs de messages qu’on ne décode pas toujours.» 

Jouant le jeu à fond, la jeune femme a elle-même écrit un scénario de film. Celui-ci compose la première partie de son mémoire et s’intitule L’homme qui murmurait à l’oreille des morts. C’est l’histoire d’un musicien qui a reçu en cadeau un saxophone de sa femme et de sa fille, juste avant que ces dernières meurent lors d’un accident. Pour le plus grand malheur du pauvre homme, il s’avère que l’instrument en question possède le pouvoir de réveiller les morts…

«Mes zombies sont hétéroclites sur le plan physique, dit-elle à propos de ses personnages. Les vivants peuvent être victimes de l’envoûtement, mais les morts se réveillent également. C’est donc un mélange de zombies à l’apparence plus humaine et d’autres en putréfaction, ce qui me permet de donner dans le gore. Somme toute, mes morts-vivants sont plus près des zombies des films tournés avant les années 2000. Ils reproduisent un mouvement typique des premiers zombies, la marche erratique avec les bras tendus vers l’avant, un peu comme dans Night of The Living Dead».

À son avis, l’originalité du zombie contemporain tient au fait qu’il se réapproprie de plus en plus les caractéristiques humaines. De cette manière, il vient brouiller les frontières entre les deux mondes. «Il y a tellement de films qui portent sur le sujet qu’il devient difficile de réinventer le genre, soutient Marie-Ève St-Gelais. Pour certains réalisateurs, donner davantage la parole aux zombies sera peut-être un moyen d’y parvenir. Personnellement, je préfère mes zombies lourdauds et bien en lambeaux: ils sont plus éloquents par leur silence!»

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